Trois buts en deux semaines, autant qu’en vingt-huit apparitions sous le maillot de Newcastle. Le bilan résume à lui seul la renaissance de Yoane Wissa à la Coupe du monde. À 29 ans, l’attaquant congolais s’apprête à vivre le match le plus important de sa carrière en affrontant l’Angleterre au 32e de finale, portant sur ses épaules les espoirs d’un pays qui n’a plus disputé le Mondial depuis 1974, lorsqu’il s’appelait encore le Zaïre.
Un an de désillusions, deux semaines de lumière
L’été 2024 aurait dû marquer le début d’une nouvelle ère pour Wissa. Après avoir été le meilleur joueur de Brentford lors de la saison 2023-2024 – époque où il avait su profiter du vide laissé par Ivan Toney, suspendu huit mois par la FA pour 232 infractions aux règles sur les paris sportifs -, il rejoignait Newcastle pour 55 millions de livres sterling. Un chiffre plus du double de l’offre initiale des Magpies, arraché dans les dernières heures d’un mercato d’une rare violence. Mais le départ lui-même fut douloureux : Wissa publia un communiqué sur les réseaux sociaux affirmant que Brentford avait manqué à des engagements pris par écrit. Le club nia formellement. Une rupture aussi abrupte qu’amère.
La suite ne fut guère plus douce. Convoqué en sélection immédiatement après la signature de son contrat, Wissa se blessa gravement au genou lors d’un match de qualification contre le Sénégal, sans avoir encore entraîné une seule fois avec ses nouveaux coéquipiers. Trois mois d’absence. Il rata ainsi les victoires historiques de la RD Congo face au Cameroun et au Nigeria lors des barrages africains de novembre. Son retour, trop précipité de son propre aveu, ne lui permit jamais de s’imposer : une seule titularisation lors des vingt-deux derniers matchs de Newcastle toutes compétitions confondues. Eddie Howe lui préférait Anthony Gordon ou le jeune Will Osula en pointe centrale. En avril, les médias rapportaient que le club envisageait de le vendre dès l’été. Pour suivre l’évolution des cotes et préparer vos mises, consultez la page bookmakers dédiée.
Le sens d’un maillot, le poids d’un pays
C’est dans ce contexte de marginalisation que Wissa est arrivé en sélection pour la Coupe du monde. Et quelque chose s’est libéré. Face à l’Ouzbékistan, dans un match à élimination directe pour le groupe, c’est lui qui a obtenu et transformé le penalty salvateur pour égaliser, avant d’inscrire un coup de canon en toute fin de rencontre pour sceller la qualification. Trois jours plus tôt, il avait marqué l’égalisation face au Portugal. Pour plus d’analyses sur ce parcours, découvrez notre pronostic Angleterre RD Congo 2026.
Après la victoire contre l’Ouzbékistan, ses mots pour les supporters ont dépassé le cadre du sport. « Ce n’est pas facile dans notre pays », a-t-il dit aux journalistes. « Il y a une guerre à l’Est du Congo. Chaque fois qu’on enfile ce maillot, on pense à eux. Ce soir, ce qu’on montre, c’est juste pour dire : les gars, quoi qu’il arrive, il faut continuer. Parce qu’on veut la paix. » Des mots qui ont résonné bien au-delà des tribunes.
Son sélectionneur Sébastien Desabre confirme le retour à la plénitude : « Il retrouve son meilleur niveau. Ce qu’il apporte à l’entraînement, son énergie, sa capacité à se déplacer – oui, il est de retour au sommet. Il est déterminant pour nous. » Wissa joue dans une configuration hybride, entre neuf et dix, éttirant les défenses adverses par des appels intelligents dans les espaces, tout en formant une association productive avec Cédric Bakambu. Un profil difficile à enfermer dans une seule définition tactique, et donc difficile à neutraliser.
Un duel aux multiples résonances
Le choc contre l’Angleterre convoque plusieurs histoires en même temps. Sur le banc anglais figurera Ivan Toney, ancien coéquipier de Wissa chez Brentford – celui dont la suspension avait permis à l’attaquant congolais de s’épanouir. Le chemin qui a mené Wissa là où il est aujourd’hui passe directement par les mésaventures judiciaires de ce même Toney. Le football réserve parfois des ironies d’une précision chirurgicale.
La RD Congo s’avance en outsider, comme ce sera le cas face à toute équipe du groupe de tête. Mais le Mondial a déjà livré son lot de surprises : la victoire du Paraguay sur l’Allemagne en est la démonstration la plus récente. Wissa le sait, et c’est peut-être ce qui rend sa situation si particulièrement chargée : dans un club qui ne compte plus sur lui, il est devenu, en deux semaines, le visage d’une nation qui apprend à croire en elle. « Nous écrivons notre histoire avec un stylo noir », a-t-il dit. À Atlanta, il tentera d’en rédiger le chapitre le plus audacieux.
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