Tottenham, dernier de Premier League: le chantier De Zerbi démarre dans la douleur


Tottenham, dernier de Premier League: le chantier De Zerbi démarre dans la douleur

Tottenham De Zerbi vit un début de saison à contre-courant des attentes. Après cinq journées, les Spurs sont derniers de Premier League avec deux points seulement, aucun succès, deux buts marqués et huit encaissés. C’est leur pire départ depuis le lancement de l’ère moderne du championnat, et pourtant le classement ne raconte qu’une partie de l’histoire. Dans le jeu, l’équipe de Roberto De Zerbi avance, mais elle n’avance pas assez vite.

Les chiffres bruts sont sévères. Tottenham a déjà perdu 22 matches de championnat à domicile depuis le début de la saison 2024-2025, soit presque autant que sur les quatre exercices précédents réunis. De quoi alimenter l’inquiétude autour d’un club qui a massivement investi cet été pour tourner la page.

Tottenham De Zerbi: une équipe qui se crée des occasions sans les convertir

Sur le plan offensif, Tottenham ne manque pas totalement de volume. En cinq rencontres, le club londonien a tenté 71 tirs, dont 19 cadrés, avec une moyenne de possession de 60,4 %. Surtout, son total de 4,47 expected goals montre qu’il a généré davantage de danger qu’indiqué par ses deux buts inscrits.

Le vrai problème se situe ailleurs: dans la finition. Avec seulement 0,89 xG par match en moyenne, les Spurs restent loin du niveau attendu pour une équipe reconstruite à grands frais. Leur premier but en Premier League n’est d’ailleurs arrivé qu’au 67e tir de la saison, quand Conor Gallagher a enfin trouvé la faille contre Aston Villa.

Ce but a mis fin à une disette de 492 minutes, depuis la réalisation de Joao Palhinha face à Everton lors de la dernière journée de la saison passée. Le déficit est réel, mais il n’a rien d’irréversible. Un peu plus d’efficacité, une ligne offensive stabilisée et l’intégration de nouveaux visages peuvent modifier le tableau rapidement.

Un été à plus de 300 millions qui explique une partie des hésitations

L’état des lieux doit aussi tenir compte de l’ampleur du mercato estival. Tottenham a déboursé plus de 300 millions de livres pour remodeler son effectif, avec les arrivées de Sandro Tonali, Mateus Fernandes, Jan Paul van Hecke, Marcos Senesi, Andy Robertson, Savio et Omar Marmoush.

Le timing a compté. Savio et Marmoush ont signé après la première défaite à Brentford, ce qui les a privés du match inaugural. La défense a également été profondément modifiée, tandis qu’Antonin Kinsky s’est installé comme titulaire dans les buts. Ce n’est pas un simple ajustement, mais une véritable refonte.

Roberto De Zerbi l’a admis après le revers initial à Brentford, en expliquant que son équipe n’en était pas encore une. L’observation se défend: quatre nouveaux défenseurs avaient débuté ce match et les automatismes restaient logiquement fragiles.

Tottenham De Zerbi: des repères encore instables, mais des signaux à surveiller

Les premières semaines ont aussi été marquées par une rotation inhabituelle. Opta a relevé 12 changements dans le onze de départ entre les quatre premiers matches, un record pour Tottenham sur un début de saison de Premier League. Le club est également devenu le 12e non-promu de l’histoire du championnat à offrir au moins 20 titularisations à des joueurs qui n’évoluaient pas déjà dans l’effectif la saison précédente.

L’échantillon est suffisamment atypique pour relativiser le classement. Dans des cas comparables, seuls cinq des onze clubs concernés ont ensuite amélioré leur position au classement. Rien n’assure donc un redressement automatique, mais la phase de transition est nette.

Le contexte de la saison passée pèse aussi. Tottenham avait déjà souffert offensivement, avec seulement 48 buts en championnat et une différence de buts de -9. Une large part de sa production venait des coups de pied arrêtés, qui représentaient 36,9 % de ses xG et 39,6 % de ses buts. Le nouveau projet vise davantage de maîtrise dans le jeu placé, moins de dépendance aux phases arrêtées.

Le passage de De Zerbi à Brighton offre justement un point de comparaison intéressant. Son approche avait porté les Seagulls vers une sixième place, avec 72 buts et 62 points lors de sa première saison complète, tout en assumant une prise de risque élevée. Brighton s’exposait souvent, mais se donnait aussi les moyens de progresser avec le ballon.

Les prochaines semaines diront si le projet peut décoller

Tottenham n’a pas commencé avec zéro repère. De Zerbi avait déjà dirigé sept matches de Premier League en fin de saison dernière, pour un bilan de trois victoires, deux nuls et deux défaites. Il avait alors permis au club de se maintenir lors de l’ultime journée, grâce à un succès 1-0 contre Everton.

Cette fois, la situation est plus délicate, mais le calendrier offre une fenêtre de travail. Les Spurs ne rejoueront en championnat que le 10 octobre à Manchester United, avant d’enchaîner contre Coventry, Chelsea, Crystal Palace puis Leeds. Le temps presse, sans être totalement manquant.

Quelques retours peuvent aussi changer la physionomie de l’équipe. Savio a déjà débuté quatre des cinq matches de championnat, Marmoush joue régulièrement, Tonali s’est installé au cœur du jeu et James Maddison est revenu dans le groupe après une longue absence. Mohammed Kudus, lui aussi, a retrouvé de la disponibilité. Ce sont des variables importantes pour une équipe qui cherche encore ses repères.

Tottenham produit déjà du territoire, avec 60,4 % de possession et 14,2 tirs par match. Contre Everton, le club a touché 37 ballons dans la surface adverse; face à Aston Villa, il a même tenté 20 frappes. Le problème n’est donc pas l’absence d’initiative, mais la transformation de cette domination en buts.

La défense, elle, n’est pas totalement submergée. Encaisser huit buts pour 9,22 xGA suggère plutôt une accumulation d’erreurs coûteuses qu’un naufrage permanent. À ce stade, le défi de De Zerbi est clair: faire fructifier une structure encore neuve, tout en coupant les cadeaux derrière.

Le rappel historique a aussi son utilité. Tottenham avait déjà fermé les cinq premières journées de Premier League à la dernière place en 2008-2009, avant de finir huitième. L’exemple ne vaut pas prédiction, mais il rappelle qu’un départ raté ne condamne pas une saison entière. Le vrai test commence maintenant.

Le prochain mois dira si Tottenham De Zerbi peut transformer des promesses statistiques en résultats tangibles. Pour l’instant, les fondations existent. Il faut désormais qu’elles tiennent sous la pression du championnat anglais.

Aminata Kouyaté
auteur

Aminata Kouyaté

Aminata Kouyaté — Analyste paris & journaliste sportive Aminata Kouyaté a grandi à Bouaké. Après une formation en journalisme à l'ISTC d'Abidjan, elle commence sa carrière dans la presse radio locale en 2003, couvrant les matchs de ligue nationale ivoirienne…

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