Thomas Tuchel sur la sellette après l’échec anglais au Mondial


Thomas Tuchel sur la sellette après l’échec anglais au Mondial

Thomas Tuchel est plus que jamais au centre du débat après l’élimination de l’Angleterre face à l’Argentine. Malgré la volonté affichée de la Fédération anglaise de le maintenir en poste, la campagne mondiale des Three Lions a laissé une impression de désordre presque permanent, dans les choix comme dans la gestion des moments clés.

Le technicien allemand vient pourtant de prolonger pour deux saisons supplémentaires, avec en ligne de mire l’Euro 2028 organisé à domicile, entre l’Angleterre, le pays de Galles, l’Écosse et la République d’Irlande. Sur le papier, la continuité peut se défendre. Sur le terrain, en revanche, le mandat a pris un sérieux coup de froid.

Car au-delà de la défaite contre l’Argentine, c’est la manière qui interroge. Sélection de groupe contestable, compositions hésitantes, gestion obscure de certains profils et plan de jeu trop prudent: l’Angleterre a rarement donné l’impression d’être guidée avec clarté. Pour une sélection aussi riche, le contraste est saisissant.

Thomas Tuchel fragilisé par une liste difficile à défendre

Les premiers doutes sont nés avant même le début de la compétition. La construction de la liste avait déjà surpris, notamment sur les côtés de la défense. En s’appuyant sur Reece James et Tino Livramento, deux joueurs souvent freinés par des pépins physiques, Tuchel prenait un risque évident. Il l’a payé rapidement.

Livramento a dû quitter le groupe avant le lancement du tournoi. Pourtant, au lieu de corriger ce déséquilibre, le sélectionneur a choisi d’ajouter Trevoh Chalobah, un défenseur axial qui n’a finalement pas disputé la moindre minute. Pendant ce temps, Jarell Quansah, Ezri Konsa et même Declan Rice ont été amenés à dépanner sur le côté droit.

Cette gestion pose une question simple: pourquoi avoir construit un groupe aussi peu adapté aux exigences du tournoi? L’idée de privilégier les “bons caractères” peut avoir du sens dans un vestiaire. Mais à ce niveau, l’état d’esprit ne suffit pas si la qualité sportive ne suit pas pleinement.

Dan Burn a rendu service contre le Mexique, certes, mais ses limites ont aussi sauté aux yeux. Jordan Henderson, lui, n’a pas vraiment pesé sportivement. Dans le même temps, des profils comme Trent Alexander-Arnold, Harry Maguire, Morgan Gibbs-White ou Adam Wharton sont restés à quai. C’est un choix fort, donc un choix qui appelle aujourd’hui un vrai bilan.

Des compositions d’équipe sans ligne directrice claire

Les hésitations ne se sont pas arrêtées à la sélection. Elles ont continué pendant le tournoi, avec des compositions qui ont souvent donné le sentiment d’une réflexion inachevée. En défense centrale, d’abord, la gestion de Marc Guehi a étonné. Alors qu’il s’était imposé comme un élément important pendant les qualifications, il a été laissé sur le banc au coup d’envoi contre la Croatie.

Le message envoyé était confus, d’autant que Guehi a ensuite été rapidement réinstallé dans le onze. Ce va-et-vient a nourri l’impression d’un sélectionneur en recherche de formule au moment même où une grande nation a besoin de certitudes.

Sur le côté droit de l’attaque, le flou a été tout aussi visible. Noni Madueke a été préféré à Bukayo Saka à certains moments, sans véritable retour positif sur le terrain. Puis, après avoir alterné entre plusieurs options, Tuchel a finalement lancé Morgan Rogers lors de la demi-finale contre l’Argentine.

Changer peut être une force. Encore faut-il que ces changements racontent quelque chose. Là, ils ont surtout donné l’image d’un staff sans hiérarchie nette dans des postes pourtant décisifs.

Kobbie Mainoo, symbole d’une gestion incompréhensible

Le cas Kobbie Mainoo résume à lui seul une partie des incohérences anglaises. Le milieu de Manchester United n’a pas joué la moindre minute durant ce Mondial. Un constat d’autant plus troublant que Tuchel a exploré plusieurs autres solutions avant lui, parfois au prix de choix très discutables.

Contre la Croatie, Reece James a été déplacé au milieu alors qu’il apparaissait déjà entamé physiquement. Face au Panama, Henderson est entré en fin de match tandis que Mainoo est resté spectateur. Si le staff ne lui faisait pas confiance, une question revient avec insistance: pourquoi l’avoir retenu dans la liste?

Dans une compétition courte, chaque place compte. Emmener un joueur sans jamais l’utiliser renvoie soit à une erreur d’évaluation, soit à une absence de plan clair. Dans les deux cas, cela fragilise le discours du sélectionneur.

Le match Argentine-Angleterre, tournant tactique contre Thomas Tuchel

La critique la plus lourde vise sans doute l’approche tactique de Thomas Tuchel. L’Angleterre a trop souvent reculé, parfois jusqu’à se mettre elle-même sous pression. Contre le Mexique, dans un contexte particulier, avec un joueur en moins et l’altitude de l’Azteca, cette prudence pouvait s’expliquer. Face à l’Argentine, elle a semblé beaucoup moins défendable.

Après avoir pris l’avantage dix minutes après la pause grâce à Anthony Gordon, l’Angleterre avait besoin de conserver un minimum de maîtrise. Il fallait densifier le milieu, remettre de la fraîcheur devant, et continuer à menacer dans la profondeur. Tuchel a choisi l’inverse.

Ezri Konsa est entré à la place de Gordon, soit un défenseur pour l’attaquant le plus rapide de l’équipe. Puis Dan Burn et Nico O’Reilly ont été ajoutés. Résultat: au moment de l’égalisation d’Enzo Fernandez, l’Angleterre comptait six défenseurs sur le terrain. Cela n’a pas empêché Lionel Messi de centrer pour Lautaro Martinez, laissé seul, pour le but décisif dans le temps additionnel.

Les chiffres résument le naufrage du dernier quart d’heure élargi: entre le but anglais et l’égalisation argentine, l’Angleterre n’a réussi que deux passes complétées et a tourné à 12 % de possession sur 25 minutes. À ce niveau, c’est moins une séquence défensive qu’un abandon du ballon. Et contre l’Argentine, cette invitation finit presque toujours par coûter cher. Pour suivre l’actualité du football mondial, le site de la FIFA reste une référence.

Un discours après match qui n’a rien apaisé

Après une sortie aussi frustrante, personne n’attendait de Thomas Tuchel une confession publique. En revanche, une part de recul aurait sans doute désamorcé une partie de la critique. Au lieu de cela, le sélectionneur a assuré n’avoir “aucun regret” et s’est dit “heureux” de la prestation de son équipe face à l’Argentine.

Cette posture a surpris, d’autant que même Harry Kane, pourtant mesuré dans ses prises de parole, s’est montré interrogatif sur le choix de reculer après l’ouverture du score. Quand le capitaine lui-même laisse filtrer un doute, le signal n’est jamais anodin.

Tuchel a aussi balayé les critiques en expliquant qu’après le match, “un million d’entraîneurs” pensent savoir mieux faire. La formule peut traduire une volonté de protection. Elle donne aussi le sentiment d’un technicien campé sur ses certitudes, malgré une compétition qui a précisément exposé les limites de ses décisions.

Le plus troublant, au fond, est peut-être là. Tuchel a expliqué que la culture de conservation du ballon de l’Argentine n’était pas ancrée assez tôt chez les joueurs anglais. Pourtant, certains profils techniques capables d’aller dans ce sens, comme Adam Wharton, Cole Palmer ou Phil Foden, n’ont pas été retenus. Ce décalage entre le diagnostic et les choix renforce le malaise.

La Fédération anglaise maintient sa ligne, mais le doute s’installe

La Fédération anglaise a choisi, pour l’instant, la stabilité. Tuchel reste en place et dispose théoriquement du temps nécessaire pour préparer la suite. Mais dans le football des sélections, le temps ne suffit pas si la confiance s’érode trop vite.

L’Angleterre ne s’est pas seulement inclinée contre une grande Argentine. Elle a surtout donné le sentiment de se perdre elle-même. Et lorsqu’une équipe paraît moins forte que la somme de ses talents, le regard se tourne naturellement vers le banc.

Le débat ne fait donc que commencer. Garder Tuchel peut apparaître comme un choix de continuité. Le limoger serait un aveu d’échec précoce. Entre les deux, une certitude demeure: après ce Mondial, le sélectionneur allemand n’avance plus à l’abri des critiques.

Serge Mbeki
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Serge Mbeki

Serge Mbeki — Rédacteur football & comparatifs bookmakers Serge Mbeki a grandi à Kinshasa. Après des études en journalisme à l'IFASIC, il travaille d'abord pour une radio sportive locale avant de se tourner vers la presse digitale en 2017, couvrant…

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