SAFA: pourquoi Sandile Zungu part de loin face à Danny Jordaan
Sandile Zungu affronte un obstacle de taille dans sa tentative de détrôner Danny Jordaan à la présidence de la SAFA. L’enjeu ne tient pas seulement à la popularité des hommes, mais à une architecture interne qui protège le pouvoir en place depuis des années. À la Fédération sud-africaine de football, la bataille se joue moins sur le terrain que dans les couloirs du vote.
Jordaan dirige la SAFA depuis 13 ans. Pour l’en déloger, il ne suffit pas d’une candidature crédible ou d’un discours de rupture. Il faut surtout déplacer des équilibres régionaux solidement installés, au sein d’un système où les rapports de force pèsent souvent plus lourd que les slogans de campagne.
Le système électoral de la SAFA, premier verrou pour Zungu
La gouvernance de la SAFA repose sur une pyramide à trois niveaux. À la base, on retrouve plus de 340 Local Football Associations, chargées des calendriers, des licences, des compétitions locales et du développement à la base. Tous les quatre ans, les clubs y élisent, à bulletin secret, leurs comités exécutifs.
Ces associations locales envoient ensuite leurs délégués vers les 52 régions du pays. Chaque région regroupe plusieurs LFA et dispose d’un vrai poids politique. C’est là que se construit l’essentiel de l’influence électorale, bien avant le scrutin national.
Au niveau régional, le même principe s’applique. Les LFA désignent des délégués qui élisent, à bulletin secret, les comités exécutifs régionaux, y compris les présidents. Ensuite, chaque région obtient trois délégués au Congrès national de la SAFA, avec quatre voix à porter dans l’élection présidentielle.
Au Congrès national, les régions tiennent la majorité des voix
L’élection du président de la SAFA se joue au Congrès national, organisé tous les quatre ans. Le dernier a eu lieu en 2022, et le prochain est prévu en 2026, sauf convocation exceptionnelle dans un cadre très strict.
Le total atteint 265 voix, toujours à bulletin secret. Les 52 régions dominent largement l’ensemble, avec 208 voix à elles seules, soit quatre par région. Autrement dit, le centre de gravité du scrutin se trouve dans les structures régionales, pas dans le débat public ou les apparitions médiatiques des candidats.
Le reste des voix revient au comité exécutif national, au National Soccer League en tant que membre spécial, ainsi qu’à neuf membres associés. Parmi eux figurent notamment l’association des entraîneurs, les arbitres, le football scolaire et le football féminin. Mais leur influence reste secondaire face au bloc régional.
La règle de l’élection ajoute une difficulté supplémentaire. Le président est choisi au bulletin secret. Une majorité des deux tiers est requise au premier tour. Si un second tour est nécessaire, une majorité simple de 50 % plus une voix suffit. Dans ce cadre, chaque alliance compte, et chaque déplacement de loyauté peut faire basculer un scrutin.
SAFA: l’influence discrète du NEC et l’ombre de l’argent
Le rapport de forces se complique encore avec le rôle du National Executive Committee, le NEC. Certains présidents régionaux y siègent aussi, ce qui leur donne une double casquette. Ils participent à l’orientation nationale tout en conservant une influence directe sur les délégués de leur région.
Cette configuration renforce les réseaux internes et rend la conquête du pouvoir plus délicate pour un challenger. Pour Zungu, il ne s’agit donc pas seulement de convaincre des électeurs. Il doit aussi composer avec une élite administrative qui contrôle à la fois l’agenda et une partie des suffrages.
Le volet financier ajoute une autre couche de complexité. En 2022, à l’approche de l’élection présidentielle, la SAFA a versé 20,8 millions de rands en honoraires à ses dirigeants. Chaque membre du NEC a alors touché 520 000 rands, pour un total de 40 bénéficiaires à ce moment-là.
Ces paiements sont légaux et présentés comme une reconnaissance du travail accompli. Mais leur montant, surtout en période électorale, a attiré l’attention. Le contraste est d’autant plus marqué que la SAFA traverse des tensions financières et dépend parfois de soutiens publics pour tenir ses engagements.
Pourquoi l’État ne peut pas forcer la main à la SAFA
La tentation d’une intervention gouvernementale existe, mais elle se heurte à une limite très claire. Le football mondial interdit toute ingérence politique dans les affaires des fédérations nationales. Le cadre fixé par FIFA est strict, et ses sanctions peuvent être immédiates si une autorité extérieure interfère dans la gestion d’une association affiliée.
Les conséquences sont lourdes: suspension des compétitions internationales, perte de financements, menace sur les droits d’accueil et exclusion des clubs comme des sélections jusqu’au rétablissement de l’indépendance fédérale. Même une intervention présentée comme une remise en ordre peut donc tourner au désastre sportif.
Les précédents de la région parlent d’eux-mêmes. En février 2022, le Kenya a été suspendu après la dissolution du comité exécutif de sa fédération par le gouvernement. Le Zimbabwe a connu une sanction comparable dans un contexte similaire. Ces cas rappellent qu’un pouvoir politique, même animé de bonnes intentions, ne peut pas simplement reprendre la main.
Pour Sandile Zungu, tout se jouera à l’intérieur du système
Dans les faits, la seule voie de changement passe par le Congrès de la SAFA lui-même. Or ce Congrès reste façonné par les délégués régionaux, ceux-là mêmes qui ont longtemps soutenu la ligne de Jordaan. Les rapports évoquent même la possibilité d’une nouvelle candidature du président sortant.
Dans ces conditions, la tâche de Zungu s’annonce redoutable. Pour espérer l’emporter, il lui faudrait bâtir une coalition interne suffisamment large pour fissurer les fidélités établies. Sans appui solide au sein des régions, la tentative risque de se heurter à une structure conçue pour résister aux changements brusques.
La conclusion est limpide: à la SAFA, la présidence ne se conquiert pas seulement avec une ambition. Elle se gagne par le contrôle des relais régionaux, des alliances internes et du tempo politique. Et sur ce terrain-là, Danny Jordaan dispose encore d’atouts considérables.


