Six penalties arrêtés en trois séances de tirs au but lors d’une seule compétition, cinq clean sheets en sept matchs, une nomination pour le Trophée Yashin du Ballon d’Or : Ronwen Williams n’est plus seulement un gardien de but, il est devenu le symbole d’une nation qui dispute pour la première fois de son histoire les phases à élimination directe d’une Coupe du Monde. Samedi, au SoFi Stadium de Los Angeles, l’Afrique du Sud affronte le Canada dans un huitième de finale où le portier de 33 ans sera une fois encore l’homme à battre – et peut-être l’homme impossible à battre.
De Port Elizabeth aux plus hautes scènes du football mondial
Né le 21 janvier 1992 à Port Elizabeth, sur la côte est de l’Afrique du Sud, Ronwen Williams a grandi dans une ville marquée par les vents de l’Atlantique et les fractures sociales héritées de l’apartheid. Formé au Shatterprufe Rovers dans sa ville natale, il effectue un bref passage à Tottenham durant sa jeunesse avant de rejoindre SuperSport United en 2004, club avec lequel il signe son premier contrat professionnel en 2010.
À dix-huit ans, au moment précis où sa carrière s’ouvre enfin, son frère aîné Marvin – son modèle, son ancre – est tué dans un accident de voiture. Williams a souvent évoqué ce deuil fondateur. Depuis ce jour, chaque entraînement supplémentaire dans les buts, chaque plongeon, chaque arrêt est une manière de lui rendre hommage. C’est probablement là que s’est forgée cette résistance mentale que les adversaires décrivent comme impossible à ébranler, surtout quand on lui tend un penalty.
Après trois Nedbank Cups et deux titres de MTN 8 avec SuperSport United, il rejoint les Mamelodi Sundowns, le club le plus titré du continent africain. Avec eux, il remporte plusieurs titres de Premier Soccer League, l’African Football League en 2023 et la CAF Champions League lors de la saison en cours. À 62 sélections avec les Bafana Bafana lors de cette Coupe du Monde, il en est le joueur le plus capé.
L’AFCON 2023 : l’entrée dans la légende
C’est lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2023 que Williams a définitivement changé de dimension. En sept matchs, il a maintenu cinq clean sheets, concédé trois buts et réalisé vingt arrêts pour un taux de 86,96 %. Il a reçu le titre de meilleur gardien du tournoi, remis par Gianni Infantino en personne lors de la finale à Abidjan, ainsi que le trophée du fair-play avec son équipe.
Mais c’est le quart de finale contre le Cap-Vert qui restera dans l’histoire. Williams est devenu le premier gardien de toute l’histoire de la CAN à arrêter quatre penalties sur cinq lors d’une même séance aux tirs au but dans un tournoi international. Les tentatives de Bebé, Willy Semedo, Laros Duarte et Patrick Andrade ont toutes été stoppées, propulsant l’Afrique du Sud en demi-finale pour la première fois depuis vingt-quatre ans. Puis, lors du match pour la troisième place contre la RD Congo, il a encore stoppé deux penalties – Chancel Mbemba et Meschack Elia – pour offrir la médaille de bronze à Bafana Bafana, leur premier podium à la CAN depuis 2000. Six penalties sauvés. Trois séances. Un seul tournoi.
Un gardien bâtisseur : la statistique qui dit tout
Williams n’est pas un gardien classique. Sa taille de 1,84 m ne constitue pas son premier atout : c’est son intelligence de jeu, son rôle d’architecte depuis la surface de réparation, qui font de lui le pivot du système mis en place par le sélectionneur belge Hugo Broos. Dans le 4-3-2-1 compact de Bafana Bafana, le gardien est le premier relanceur, et Williams assume ce rôle avec une aisance inhabituelle à ce niveau.
Lors des trois matchs de phase de groupes, il a été le joueur de son équipe ayant effectué le plus de passes qui franchissent les lignes adverses – 112 au total – une donnée qui illustre concrètement son influence dans la construction du jeu. Face au Mexique, malgré deux buts encaissés et une pression constante, il a tenu son équipe en vie avec deux arrêts décisifs, dont un à bout portant sur Raúl Jiménez. La note 6,1 sur Flashscore ne traduit pas l’essentiel : le premier but mexicain est né d’une perte de balle de Yaya Sithole en dehors de sa zone de responsabilité directe.
Contre la Tchéquie, il monte en régime : 6,5 de note, un seul but encaissé à la 83e minute malgré un clean sheet tenu jusque-là, et une contribution directe au point arraché à Atlanta. Puis vient le match décisif face à la Corée du Sud. Deux arrêts, aucun but concédé, 1,42 expected goals prévenus, note de 8,0 sur Flashscore, homme du match. C’est sa maîtrise entre les poteaux qui maintient Bafana Bafana dans la partie jusqu’au but de Thapelo Maseko – celui qui envoie l’Afrique du Sud dans l’histoire.
Canada : marquer, ou affronter le scénario cauchemar
Le message que Williams adresse implicitement à Jonathan David, Alphonso Davies et leurs coéquipiers est limpide : il faut marquer en temps réglementaire ou en prolongation. Les Canadiens disposent d’une vitesse de transition réelle, d’une fraîcheur collective indéniable, et d’attaquants capables de créer du danger dans n’importe quelle configuration. Mais si la rencontre se prolonge jusqu’aux tirs au but, ils ne seront pas face à une loterie.
Ils seront face à un homme qui a transformé les séances de tirs au but en spécialité personnelle, qui prépare chaque adversaire avec une minutie documentée, et qui puise dans une histoire personnelle dure pour ne jamais flancher sous pression. “À ce niveau de compétition, chaque détail compte”, rappelait-il sobrement après la défaite initiale contre le Mexique. Ce détail s’appelle Ronwen Williams. Et samedi soir, le Canada devra trouver une réponse avant qu’il ne soit trop tard.



