Portugal – Croatie: Ronaldo sous pression, Modric face à un possible dernier chapitre


Portugal – Croatie: Ronaldo sous pression, Modric face à un possible dernier chapitre

Portugal – Croatie s’annonce comme l’un des rendez-vous les plus lourds d’enjeux de cette phase de groupes du Mondial 2026. Le Portugal peut valider son billet pour les huitièmes de finale, mais l’ambiance est loin d’être sereine autour de la sélection de Roberto Martinez. En face, la Croatie avance avec son expérience, et avec cette idée forte en arrière-plan: une élimination pourrait refermer définitivement la carrière internationale, voire la carrière tout court, de Luka Modric.

Sur le papier, la Seleção a fait l’essentiel. Une victoire et deux nuls face à la Colombie, l’Ouzbékistan et la RDC lui permettent d’aborder ce match décisif en position de force. Pourtant, le contenu a laissé beaucoup de doutes. Le sélectionneur espagnol essuie des critiques nourries pour son approche jugée trop prudente et, surtout, pour l’impression générale d’une équipe qui n’impose pas sa supériorité.

Le malaise vient aussi du contraste entre le talent portugais et ce qui a réellement été montré jusqu’ici. Le Portugal a souvent gardé le ballon dans ses derniers matches, mais il a davantage souffert contre la Colombie. Avec seulement 45 % de possession lors de cette rencontre, l’équipe a affiché son plus faible total dans ce domaine depuis la finale de Ligue des nations contre l’Espagne, en juin 2025. Un signal qui résume bien les hésitations actuelles.

Portugal – Croatie, un test grandeur nature pour Roberto Martinez

Ce Portugal n’est pas encore en crise, mais il avance sur une ligne de crête. Les résultats le maintiennent en vie, tandis que les prestations nourrissent la méfiance. Dans ce contexte, Roberto Martinez joue déjà une partie importante de sa crédibilité. Une qualification calmerait sans doute le bruit. En revanche, une nouvelle copie terne relancerait immédiatement les débats sur ses choix.

Les chiffres rappellent d’ailleurs que le Portugal sait parfois survivre sans briller. Lors de quatre des cinq dernières phases de groupes de Coupe du monde, il n’a pas gagné deux de ses matches, tout en réussissant souvent à passer. La seule exception négative reste 2014. Ce précédent suffit à rappeler qu’une gestion imparfaite du premier tour peut encore coûter cher.

Dans ce paysage un peu brouillé, Vitinha a offert l’une des rares certitudes techniques. Face à la Colombie, le milieu est devenu le premier joueur portugais à réussir 100 % de ses passes dans un match de Coupe du monde avec au moins 20 tentatives, signant un remarquable 54 sur 54. Une statistique qui dit beaucoup de sa maîtrise, mais aussi du besoin portugais de s’appuyer sur des profils capables de remettre de l’ordre.

Le défi sera donc autant collectif que mental. Le Portugal doit gagner, ou au moins convaincre davantage, pour sortir de cette impression d’inachèvement qui l’accompagne depuis le début du tournoi. À ce niveau de compétition, les équipes qui tergiversent trop longtemps finissent rarement par imposer leur loi.

Cristiano Ronaldo au centre des regards

Comme souvent, Cristiano Ronaldo cristallise les discussions. Avec deux buts dans ce Mondial 2026, l’attaquant d’Al-Nassr n’est pas muet. Mais cela ne suffit pas à faire taire les interrogations. Son rendement global et son influence dans le jeu continuent d’alimenter le débat sur sa place réelle dans le onze portugais.

Le poids de son histoire reste immense. Avec 25 apparitions en Coupe du monde, Ronaldo figure parmi les joueurs les plus utilisés de l’histoire du tournoi. Cette longévité le place au sommet de la hiérarchie mondiale, même si le chiffre mentionné le situe au niveau des très grands noms passés par la compétition. Mais dans un tournoi court, le prestige n’offre aucune immunité.

Un autre indicateur traduit ses difficultés actuelles: il a été signalé hors-jeu 11 fois sur les deux dernières Coupes du monde, soit quatre de plus que n’importe quel autre joueur. Ce décalage entre son instinct de buteur et le rythme réel des matches pèse sur l’animation offensive portugaise. Ronaldo reste capable de faire basculer une soirée, mais il doit encore montrer qu’il peut le faire sans freiner le collectif.

Le match face à la Croatie lui offre une scène idéale. Parce qu’il y a l’enjeu sportif, bien sûr, mais aussi la charge symbolique. En face se dressera Luka Modric, son ancien partenaire au Real Madrid, dans ce qui pourrait être l’une des dernières grandes sorties du maître croate. Ce duel de légendes donne une épaisseur particulière à la rencontre.

La Croatie avance avec ses repères et l’ombre d’un adieu pour Modric

La Croatie, elle, arrive avec moins de bruit et davantage de continuité. Elle a atteint la phase à élimination directe pour la quatrième fois de son histoire et, surtout, pour la troisième édition de suite après 2018 et 2022. Cette régularité dit tout du savoir-faire croate sur la scène mondiale.

Luka Modric continue d’en être le visage principal. À 40 ans et 291 jours, il est devenu le joueur le plus âgé recensé depuis 1966 à délivrer une passe décisive en Coupe du monde. Le chiffre est saisissant, mais il colle parfaitement au personnage: un joueur qui vieillit sans perdre sa lecture du jeu, ni son poids dans les grands rendez-vous.

La sélection croate ne repose toutefois pas seulement sur sa mémoire glorieuse. Elle sait aussi renouveler certaines forces. Petar Sucic, buteur contre le Ghana à 22 ans et 245 jours, est devenu le deuxième plus jeune buteur croate en Coupe du monde. Nikola Vlasic, lui, a marqué lors de trois de ses quatre dernières titularisations toutes compétitions confondues, avec des buts inscrits en 2024, 2025 et 2026. Des signaux qui montrent que l’équipe ne vit pas uniquement dans le souvenir de ses anciens.

Ivan Perisic illustre, lui aussi, cette culture de la fiabilité. Ses 20 apparitions en Coupe du monde avec la Croatie ont toutes été disputées comme titulaire. Très peu de joueurs de champ ont fait mieux dans l’histoire avec un taux de titularisation total. Enfin, le onze croate aligné contre le Ghana affichait une moyenne d’âge de 30 ans et 94 jours, soit la deuxième plus élevée de son histoire dans un match de Coupe du monde. Cette donnée résume bien le profil de cette équipe: mature, expérimentée, parfois lourde, mais rarement naïve.

Un match à fort enjeu dans la course aux huitièmes du Mondial 2026

Ce Portugal – Croatie dépasse donc le simple cadre d’un match de groupe. Pour le Portugal, il s’agit de transformer une qualification encore accessible en véritable acte d’autorité. Pour la Croatie, l’objectif est de prolonger une tradition de solidité dans les grands tournois, tout en protégeant le rêve d’une dernière aventure pour Modric.

Le coup d’envoi est prévu vendredi à 00h00 BST, soit jeudi à 19h00 ET et 16h00 PT. Les informations officielles sur la compétition sont à retrouver sur le site de la FIFA. En dehors de l’enjeu comptable, cette affiche promet surtout une opposition de styles et de générations, entre un Portugal encore en quête de certitudes et une Croatie qui connaît les chemins escarpés des phases finales.

Reste à savoir quelle équipe assumera le mieux le poids du moment. Le Portugal possède davantage de talents offensifs. La Croatie, elle, paraît plus stable émotionnellement. Dans un match aussi serré, ce détail peut tout changer. Et parfois, dans une Coupe du monde, un simple basculement suffit à ouvrir les huitièmes à l’un et à refermer une époque pour l’autre.

Aminata Kouyaté
auteur

Aminata Kouyaté

Aminata Kouyaté — Analyste paris & journaliste sportive Aminata Kouyaté a grandi à Bouaké. Après une formation en journalisme à l'ISTC d'Abidjan, elle commence sa carrière dans la presse radio locale en 2003, couvrant les matchs de ligue nationale ivoirienne…

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