Mauricio Pochettino et l’USMNT au centre de l’été américain


Mauricio Pochettino et l’USMNT au centre de l’été américain

Mauricio Pochettino incarne aujourd’hui bien plus qu’un sélectionneur pour l’USMNT. À la veille du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, le technicien argentin et sa sélection se sont imposés comme le grand récit sportif du moment, au point de dépasser le baseball lui-même dans l’imaginaire populaire d’un 4 juillet pourtant sacré aux États-Unis.

À Seattle, le décor en disait long. Entre feux d’artifice, chants de “USA” et présentation des joueurs au T-Mobile Park, l’équipe nationale masculine américaine a été célébrée comme une véritable équipe du peuple. Cristian Roldan, enfant du pays, a reçu une ovation particulière. Puis Pochettino, vêtu d’un maillot des Mariners, s’est avancé pour lancer la première balle symbolique. Le geste n’avait rien d’anodin: le football a pris, cet été, une place rare dans le paysage sportif américain.

Le contexte renforce encore cette impression. Les États-Unis disputeront lundi un huitième de finale de Coupe du monde face à la Belgique, après un début de tournoi qui a capté l’attention du pays. Audiences records, scènes de liesse dans plusieurs villes et hymnes improvisés dans les tribunes: l’USMNT a trouvé une connexion que le soccer américain a longtemps recherchée sans jamais l’atteindre à cette échelle.

USMNT: une série historique et une communion enfin trouvée

Sportivement, cette montée en puissance n’a rien d’un simple effet de communication. Les Américains ont lancé leur Coupe du monde avec deux succès, contre le Paraguay puis l’Australie. Cette séquence leur a permis d’enchaîner deux victoires consécutives dans le tournoi pour la première fois depuis 96 ans.

La manière a compté autant que les résultats. L’USMNT n’a pas donné l’image d’une sélection prudente, recroquevillée sur ses bases. Elle a attaqué, pris l’initiative, marqué six buts en 180 minutes et envoyé un signal clair, à la fois au reste du monde et à son propre public.

La réponse des supporters n’a pas tardé. Après le succès contre l’Australie, les tribunes ont repris “Take Me Home, Country Roads”, transformant la chanson en bande-son de l’été américain. Depuis, cet air accompagne la dynamique de l’équipe et symbolise le lien qui s’est installé entre joueurs et supporters.

Pochettino recherchait précisément cela depuis sa prise de fonction en octobre 2024. Il a souvent insisté sur la nécessité de rapprocher la sélection de son public. Dans sa vision, une équipe nationale ne se résume pas à une suite de matches. Elle représente un drapeau, une culture, une manière d’être. Ce registre émotionnel, essentiel en Argentine, lui a parfois semblé trop faible dans certains stades américains. Cet été, le paysage a changé.

Mauricio Pochettino, de l’Argentine à l’Amérique

Pochettino ne cache rien de ses racines. Il rappelle volontiers qu’il se sent profondément argentin. Pourtant, il reconnaît aussi qu’en vivant cette aventure avec les États-Unis, il a le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus vaste. C’est même, à l’écouter, l’une des raisons majeures de son engagement dans ce projet.

Le sélectionneur a peu à peu épousé certains codes de son pays d’accueil. Il parle avec plaisir de musique country, cite Ella Langley, évoque son goût pour la restauration rapide locale et insiste surtout sur la chaleur humaine rencontrée à travers le pays. Selon lui, chaque État possède sa personnalité, mais un même sens de l’accueil relie les Américains.

Ce rapport à la culture locale n’est pas anecdotique. Il nourrit la relation entre le staff, les joueurs et le public. Christian Pulisic a d’ailleurs raconté avec amusement que son entraîneur se familiarisait avec l’argot américain, parfois avec un léger temps de retard, et qu’il lui arrivait désormais d’écouter de la country dans son bureau. Ce détail résume assez bien l’évolution du personnage: Pochettino ne s’est pas contenté de diriger l’USMNT, il s’est immergé dans son environnement.

Dans l’autre sens, il a aussi emmené son groupe vers une culture de sélection plus intense. Cette double influence, américaine et argentine, a visiblement renforcé la cohésion interne. Plusieurs joueurs semblent y voir une alliance singulière, presque fondatrice.

Une Coupe du monde qui change la place du soccer aux États-Unis

Le parcours de l’USMNT ne se vit pas seulement dans les stades. Il traverse les écrans, les bars, les places publiques et les réseaux sociaux. Folarin Balogun a lui-même admis qu’un tel mélange entre spectacle, culture populaire et enthousiasme national ne pouvait sans doute se produire qu’aux États-Unis.

Cette Coupe du monde a aussi offert au pays une dimension plus ouverte sur le monde. Des supporters écossais dans les bars de Boston, des chants anglais à Atlanta, des scènes venues de Norvège, d’Argentine, du Japon ou d’Allemagne: l’événement a fait des États-Unis un immense lieu de rencontre footballistique. Sur ce point, l’effet dépasse même l’USMNT.

Pochettino estime d’ailleurs que ce tournoi permet de corriger certaines idées reçues sur l’Amérique. À ses yeux, beaucoup de visiteurs découvrent un pays plus accueillant et plus chaleureux qu’ils ne l’imaginaient. En retour, les Américains découvrent eux aussi, au contact des autres nations, une manière différente de vivre le football. C’est là l’un des effets les plus profonds d’une Coupe du monde organisée sur leur sol, dont on peut suivre les grands repères sur le site de la FIFA.

Pour l’USMNT, ce contexte mondial amplifie encore la portée de son parcours. L’équipe ne joue plus seulement pour avancer dans le tableau. Elle participe à une redéfinition de la place du soccer dans la culture sportive du pays.

USMNT, héritage en jeu avant la Belgique

Dans les prises de parole récentes, un mot revient souvent: héritage. Les joueurs savent que cet été peut laisser une trace durable. Balogun a expliqué qu’il leur était sans doute difficile de mesurer immédiatement l’impact de leur aventure, tant ils sont encore plongés dedans. Mais les vidéos montrant des fans réunis aux quatre coins du pays, célébrant chaque but sur écrans géants ou dans les bars, donnent déjà une idée du phénomène.

Tyler Adams partage la même ambition. Pour lui, l’objectif n’est pas seulement de profiter d’un élan ou d’un emballement passager. Le vrai test viendra plus tard: si l’on parle encore de cette équipe et de son influence dans deux ans, alors elle aura réellement changé quelque chose.

C’est peut-être là que se joue l’essentiel. Bien sûr, un sacre mondial bouleverserait définitivement la trajectoire du football américain. Mais même sans aller jusque-là, cette sélection a déjà déplacé les lignes. Elle a attiré de nouveaux passionnés, réveillé les anciens et offert au pays un visage collectif dans lequel il semble se reconnaître.

Reste désormais la Belgique, en huitième de finale, et un message simple lancé à Seattle par Pochettino et Roldan, micro en main: aller gagner cette Coupe du monde. En ce 4 juillet si symbolique, le rêve américain a trouvé un nouveau terrain. Et cette fois, il se joue ballon au pied.

Serge Mbeki
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Serge Mbeki

Serge Mbeki — Rédacteur football & comparatifs bookmakers Serge Mbeki a grandi à Kinshasa. Après des études en journalisme à l'IFASIC, il travaille d'abord pour une radio sportive locale avant de se tourner vers la presse digitale en 2017, couvrant…

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