Pour la première fois de leur histoire, les Léopards de la République démocratique du Congo disputeront les huitièmes de finale d’une Coupe du monde. Une victoire 3-1 contre l’Ouzbékistan à Atlanta, signée notamment d’un doublé de Yoane Wissa, a offert à la nation africaine un moment fondateur – et une affiche de prestige face à l’Angleterre au prochain tour.
Une renversante soirée à Atlanta
Rien ne laissait présager un tel scénario en début de match. Dès la dixième minute, Eldor Shomurodov – capitaine et meilleur buteur all-time de la sélection ouzbèke – plaçait une lobée somptueuse au-dessus du gardien Lionel Mpasi depuis un angle fermé. L’Ouzbékistan, pourtant déjà mathématiquement hors course avant le coup d’envoi, frappait en premier avec une ambition déconcertante.
La RD Congo a d’abord cru égaliser par Nathanaël Mbuku, dont la frappe chirurgicale s’envolait dans la lucarne. Mais le VAR en a décidé autrement : une légère faute de main de Mbuku sur un défenseur ouzbek dans la phase de construction a suffi à annuler le but. Le scénario semblait vouloir se liguer contre les Congolais.
La délivrance est venue d’une faute de Abdukodir Khusanov, le défenseur de Manchester City, sur Wissa dans la surface. L’attaquant de Newcastle, imperturbable, a transformé lui-même le penalty, trompant Nematov d’une frappe décroisée. La réaction du public – près de 70 000 spectateurs, en majorité acquis à la cause congolaise – a résonné comme un tremblement de terre dans les gradins.
Deux minutes plus tard, Fiston Mayele profitait d’un rebond heureux sur le tir dévié de Meschack Elia pour glisser le ballon au fond. Puis, en toute fin de match, Wissa concluait la soirée d’un enroulé précis du droit depuis l’entrée de la surface – son troisième but du tournoi – pour sceller un résultat historique.
L’Afrique confirme sa montée en puissance
La qualification de la RD Congo s’inscrit dans une dynamique plus large qui s’est dessinée tout au long de cette phase de groupes. Sur les dix sélections africaines engagées dans ce Mondial, une seule – la Tunisie – a été éliminée à ce stade. L’Algérie, qui joue ses derniers matchs de poule ce même samedi, peut encore rejoindre les huit nations du continent déjà qualifiées pour le tour suivant.
Ce bilan collectif illustre une réalité structurelle : le football africain a considérablement réduit l’écart avec les meilleures nations mondiales, porté par l’émergence d’une génération de joueurs formés et aguerris dans les meilleurs championnats européens. Wissa, Mbuku, Elia – la colonne vertébrale de cette équipe congolaise évolue en Premier League, en Bundesliga ou en Ligue 1, et apporte avec elle une expérience de haut niveau qui se traduit directement sur le terrain.
Desabre prépare déjà l’Angleterre
Le sélectionneur français Sébastien Desabre ne s’est pas accordé le luxe de savourer longuement. « Nous allons commencer à préparer immédiatement », a-t-il déclaré après le coup de sifflet final. « Nous avons plusieurs joueurs qui évoluent dans le championnat anglais, ils nous aideront, mais nous allons nous préparer de la meilleure façon possible pour ce qui sera un très grand match. »
L’affiche contre l’Angleterre représente un test d’une autre dimension. Les Three Lions font partie des favoris déclarés du tournoi, et la RD Congo aborde ce duel en outsider assumé. Mais cette équipe a montré à Atlanta qu’elle savait renverser une situation défavorable sous pression, dans un stade hostile à l’adversaire – une qualité mentale qui vaut tout autant que l’efficacité tactique.
Du côté ouzbek, Fabio Cannavaro, l’ancien défenseur champion du monde avec l’Italie reconverti en entraîneur, a rendu hommage à ses joueurs malgré l’élimination. « La Coupe du monde est brutale », a-t-il reconnu. « Les joueurs ont tout donné. Ils souffrent dans le vestiaire plus que quiconque en Ouzbékistan. » Pour une nation qui disputait là sa première phase finale, la campagne laisse des fondations solides sur lesquelles construire.
Un moment fondateur pour une nation de football
La RD Congo n’était pas un inconnu du football mondial avant ce tournoi – le pays avait participé à la Coupe du monde en 1974, alors sous le nom du Zaïre – mais l’accès aux huitièmes de finale constitue une première absolue dans l’histoire moderne de la sélection. Ce franchissement de seuil arrive dans un contexte où la Coupe du monde élargie à 48 nations offre mécaniquement davantage d’opportunités aux nations moins cotées, mais il serait réducteur d’en minimiser la portée sportive.
À Kinshasa comme dans la diaspora congolaise dispersée sur tous les continents, la nuit du match restera gravée dans les mémoires. Et le chemin qui mène à cette équipe d’Angleterre qui attend, quelque part dans le tableau de ce Mondial américain, promet d’être bien plus qu’un simple match à sens unique.



