La FIFA impose l’anglais en conférence de presse : De Jong se heurte à la règle des langues


Frenkie De Jong voulait répondre en espagnol. Le règlement de la FIFA en a décidé autrement. À la veille du match opposant les Pays-Bas au Japon, le milieu de terrain du FC Barcelone a été interrompu lors d’une conférence de presse officielle, lorsqu’il s’apprêtait à répondre dans la langue de Cervantes à une question posée en espagnol par un journaliste. Un responsable médical de la compétition est intervenu pour rappeler que seul l’anglais est admis dans ce cadre, sauf pour les langues des deux équipes concernées par chaque rencontre.

Un protocole linguistique strict, et peu connu du grand public

La règle appliquée n’est pas improvisée. La FIFA encadre ses conférences de presse selon un système précis : trois langues y sont officiellement reconnues – l’anglais, ainsi que les langues respectives des deux sélections disputant le match. Toute autre langue, aussi répandue soit-elle, est exclue du dispositif de traduction simultanée, ce qui justifie son interdiction dans les échanges officiels. L’objectif déclaré est de garantir une interprétation homogène pour l’ensemble des médias accrédités présents, quelle que soit leur nationalité.

Dans le cas de De Jong, l’espagnol n’entrait dans aucune des trois cases autorisées pour cette rencontre : ni langue des Pays-Bas, ni langue du Japon, ni anglais. Le joueur, qui vit et travaille à Barcelone depuis plusieurs années, maîtrise couramment l’espagnol. Il a accueilli la remarque avec calme, indiquant ne voir aucun inconvénient à se conformer aux instructions.

De Jong n’est pas le premier à se voir imposer cette contrainte

L’incident rappelle deux situations récentes et similaires. Achraf Hakimi, international marocain né à Madrid et formé à la Comunidad de Madrid, ainsi que Vinícius Júnior, attaquant brésilien du Real Madrid dont l’espagnol est devenu une langue de travail au quotidien, avaient tous deux été priés de s’exprimer en anglais lors de conférences de presse liées à leurs matchs respectifs, alors que des questions leur avaient été adressées en espagnol.

Ces trois cas illustrent une tension réelle entre la logique administrative d’une organisation mondiale comme la FIFA et la réalité sociolinguistique du football professionnel contemporain. Les grands clubs européens attirent des joueurs de partout dans le monde, et l’espagnol – langue de deux championnats parmi les plus suivis de la planète, la Liga et la Liga MX – s’est imposé comme une lingua franca informelle dans les vestiaires du Real Madrid, de Barcelone ou de l’Atlético. Des joueurs issus de cultures très diverses y trouvent un idiome commun.

La politique linguistique des instances sportives, un enjeu sous-estimé

Ce type d’incident met en lumière une question plus large, rarement abordée frontalement : comment les grandes fédérations sportives gèrent-elles la diversité linguistique à l’ère de la mondialisation du football ? La FIFA reconnaît officiellement quatre langues dans ses statuts – l’anglais, le français, l’espagnol et l’allemand – mais son protocole pour les conférences de presse d’équipes nationales suit une logique distincte, centrée sur l’efficacité opérationnelle plutôt que sur la représentativité culturelle.

Cette approche pragmatique a ses mérites : elle simplifie la logistique de traduction dans des tournois impliquant des dizaines de nationalités. Elle soulève néanmoins une question de cohérence, dès lors que l’espagnol, parlé par des centaines de millions de personnes à travers le monde et langue maternelle ou adoptive de nombreux joueurs évoluant dans les plus grandes compétitions, se retrouve marginalisé dans des échanges officiels. La règle n’est pas discriminatoire en soi – elle s’applique à toute langue non désignée pour un match donné – mais son effet visible crée une dissonance difficile à ignorer lorsque l’on imagine un Hakimi ou un De Jong se voir refuser de s’exprimer dans une langue qu’ils maîtrisent parfaitement.

Un débat qui ne fait que commencer

À mesure que le football mondial concentre ses talents dans un nombre réduit de championnats – et donc de langues dominantes -, les instances dirigeantes seront amenées à revoir leurs protocoles. La situation de De Jong, anecdotique en apparence, est en réalité révélatrice d’un décalage entre les structures bureaucratiques héritées du siècle dernier et un sport dont la géographie humaine a profondément changé. Que ce soit en matière de droits médiatiques, de représentation des joueurs ou de gestion des langues, la FIFA fait face à une modernisation inévitable de ses cadres réglementaires. L’épisode de la conférence de presse n’en est qu’un symptôme discret, mais éloquent.

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Pour approfondir la question, lisez aussi : La FIFA applique un protocole linguistique strict, le débat autour de Vinicius et Hakimi révèle ses limites.

Aminata Kouyaté
auteur

Aminata Kouyaté

Aminata Kouyaté — Analyste paris & journaliste sportive Aminata Kouyaté a grandi à Bouaké. Après une formation en journalisme à l'ISTC d'Abidjan, elle commence sa carrière dans la presse radio locale en 2003, couvrant les matchs de ligue nationale ivoirienne…

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