Un délai de candidature de vingt-quatre heures. C’est le cadeau empoisonné que la Confédération africaine de football a offert à ses propres prétendants au poste de secrétaire général, lors d’un appel à candidatures publié le 29 juin dernier. Derrière ce cafouillage administratif apparent se dessine une bataille d’influence qui expose, une fois de plus, les fragilités structurelles d’une institution tiraillée entre ses ambitions affichées et ses vieilles pratiques.
Un appel à candidatures qui ressemble à une mise en scène
La CAF avait pourtant tout à gagner à jouer la carte de la transparence. Depuis le départ en mars de l’ancien secrétaire général Véron Mosengo-Omba, l’intérim assuré par le Nigérian Samson Adamu cristallise les tensions internes. Ouvrir publiquement les candidatures pour ce poste stratégique aurait pu signaler une rupture avec les méthodes de cooptation silencieuse qui ont longtemps caractérisé la gouvernance continentale. Mais la forme a trahi le fond.
Publier un avis de vacance le 29 juin avec une clôture fixée au 30 juin revient à condamner le processus avant même qu’il ne commence. Aucun candidat sérieux – qu’il soit en poste, en déplacement professionnel ou simplement informé avec un jour de décalage – ne pouvait raisonnablement préparer et déposer un dossier en moins d’une journée. Face au tollé général, la CAF a repoussé l’échéance au 10 juillet. Mais le mal était fait. Pour de nombreux observateurs, ce calendrier porte la marque d’une manœuvre délibérée visant à verrouiller l’issue du recrutement, d’autant que le lancement d’une telle procédure en pleine Coupe du monde – quand l’attention médiatique et institutionnelle du football mondial est tournée vers le terrain – n’est pas anodin.
Samson Adamu au cœur de toutes les suspicions
Au centre des soupçons se trouve l’intérimaire lui-même. Samson Adamu jouit d’une réelle popularité au sein de la CAF, notamment grâce à son passage réussi comme directeur des compétitions. Plusieurs membres du comité exécutif lui seraient favorables pour une confirmation définitive. Mais son nom traîne un lourd héritage paternel.
Son père, Amos Adamu, est l’une des figures les plus sulfureuses du football africain et mondial. En novembre 2010, le Comité d’éthique de la FIFA l’a suspendu trois ans après qu’il eut été filmé en caméra cachée par des journalistes du Sunday Times, sollicitant 800 000 dollars en échange de son vote pour l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022. Reconnu coupable de violations graves du Code d’éthique – notamment en matière de loyauté, de confidentialité et de corruption – il a vu sa sanction confirmée en appel et par le Tribunal arbitral du sport en février 2012. En 2017, un second Comité d’éthique indépendant lui a infligé une nouvelle suspension de deux ans pour d’autres manquements. Voir son fils potentiellement prendre les rênes de l’administration continentale suscite, chez plusieurs acteurs du football africain, une crainte bien réelle de régression vers les pratiques du passé.
Ce serait pourtant commettre une erreur de jugement que d’assimiler automatiquement le fils aux actes du père. Samson Adamu n’a fait l’objet d’aucune procédure disciplinaire. Mais en matière de gouvernance sportive, la perception compte autant que la réalité. Et pour une institution qui peine déjà à convaincre sur le terrain de la transparence, nommer un candidat dont la trajectoire familiale alimente les doutes constituerait, à tout le moins, un signal politique désastreux.
La FIFA en embuscade, Infantino en arrière-plan
Le tableau serait incomplet sans mentionner l’autre acteur de l’ombre : la FIFA elle-même. Selon nos informations, l’instance zurichoise suit de très près l’évolution de ce recrutement et verrait d’un bon œil l’installation à la tête du secrétariat général de la CAF d’un profil issu de ses propres rangs, dans la continuité de Véron Mosengo-Omba. La logique est simple : disposer d’un homme de confiance à Johannesburg permet à Zurich de maintenir une prise ferme sur la confédération africaine, l’une des plus importantes en termes de nombre de fédérations membres et donc de poids électoral.
La dimension politique n’est pas anodine. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, brigue un nouveau mandat en mars 2027. Dans cette perspective, consolider ses positions au sein des confédérations continentales – en particulier en Afrique – représente un enjeu stratégique de premier plan. La CAF, avec ses 54 fédérations membres, constitue le plus grand bloc électoral du football mondial. Y placer un interlocuteur fiable n’est pas une opération de ressources humaines ordinaire ; c’est un acte de géopolitique footballistique.
Une institution prospère sur le terrain, paralysée en coulisses
Le paradoxe le plus frappant tient dans ce contraste entre le dynamisme du football africain sur la scène internationale et les dysfonctionnements persistants de son organisation dirigeante. Dix représentants africains disputent la Coupe du monde 2026 – un record qui témoigne de la montée en puissance du continent dans la hiérarchie mondiale du football. Les investissements commerciaux s’accélèrent, l’intérêt des droits télévisuels croît, et les talents africains alimentent les effectifs des plus grands clubs européens. Pour suivre l’actualité des pronostics sur la Coupe du monde, consultez notre pronostic Angleterre Argentine CM 2026.
Pourtant, des sources internes à la CAF font état de défaillances structurelles récurrentes : opacité des processus décisionnels, zones grises dans la gestion financière, rythme très lent des réformes institutionnelles. Dans ce contexte, la nomination du prochain secrétaire général ne sera pas un simple acte de gestion. Elle constituera un test de crédibilité pour une organisation qui, depuis les scandales de l’ère Issa Hayatou et la période Ahmad Ahmad, cherche à convaincre qu’elle a définitivement tourné la page. Découvrez aussi les plateformes de bookmakers les plus fiables pour vos paris sportifs en Afrique.
La CAF a refusé de commenter officiellement l’incident du délai ou les critiques sur son fonctionnement. Ce silence dit, à lui seul, beaucoup sur l’état d’une institution qui reste prisonnière de ses propres contradictions : afficher la modernité, pratiquer l’opacité. Pour aller plus loin sur la montée en puissance du football africain, lisez aussi notre article sur la Coupe du monde Argentine.



