Quatre-vingt-douze ans d’attente. C’est le poids de l’histoire que l’Égypte a finalement posé à terre dimanche soir à Vancouver, après une victoire 3-1 arrachée en deuxième mi-temps face à la Nouvelle-Zélande. Mohamed Salah a conduit ses coéquipiers à la première victoire de son pays dans une phase finale de Coupe du Monde, et pendant que l’autobus de l’équipe remontait vers l’hôtel du centre-ville, les joueurs ont plongé dans la foule en liesse, musique à fond, scandant les chants qui traversaient la nuit canadienne. À l’aube, à plus de onze mille kilomètres de là, Le Caire s’était transformé en fête nationale.
Un héritage de 92 ans enfin brisé
L’Égypte avait fait ses débuts en Coupe du Monde en 1934, dans l’Italie fasciste de Mussolini. Depuis, aucune victoire. Des matchs nuls précieux arrachés contre les Pays-Bas et l’Irlande en 1990, quand Hossam Hassan – aujourd’hui sélectionneur – portait l’équipe sur ses épaules d’attaquant. Une élimination sans le moindre point en 2018. Une absence totale en 2022. Ce long supplice prenait désormais fin devant plus de 52 000 spectateurs, dont une immense majorité d’Égyptiens, qui avaient transformé la BC Place de Vancouver en une extension sonore du Caire.
Hassan, justement, a résumé la soirée avec une formule sobre et juste : « Mes sentiments sont exactement les mêmes que ceux du peuple égyptien, parce que j’en fais partie. J’ai dit aux joueurs à la mi-temps : “Nous jouons en Égypte.” Le stade était si plein que c’était vraiment comme au Caire. » L’Égypte mène désormais le groupe G avec quatre points, après un match nul 1-1 contre la Belgique et cette victoire sur la Nouvelle-Zélande. Pour la première fois de son histoire, la qualification pour les huitièmes de finale est à portée de main. Pour suivre les prochaines rencontres et obtenir des conseils, consultez notre pronostic Écosse Maroc.
Le football comme soupape d’une nation sous pression
Cette victoire dépasse largement le cadre sportif. L’Égypte traverse depuis plusieurs années l’une des crises économiques les plus sévères depuis la révolution de 2011. L’inflation a érodé le pouvoir d’achat, la livre égyptienne a continué de se déprécier face au dollar, et plus de 70 % des 105 millions d’habitants du pays dépendent du programme gouvernemental de subvention du pain – le plus important du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. Dans ce contexte d’austérité imposée, les rares moments de joie collective ont pris une valeur démesurée.
Le football a toujours joué ce rôle de refuge et d’exutoire. L’Égypte est le pays le plus titré de la Coupe d’Afrique des Nations, avec sept victoires, dont trois consécutives entre 2006 et 2010. Mais depuis la révolution du Printemps arabe, la trajectoire s’est brisée. Le massacre du Port-Saïd en février 2012 – 74 morts, dont 72 ultras d’Al-Ahly, tués lors d’émeutes après un match de championnat – a traumatisé le pays et conduit à la suspension de la ligue nationale pendant deux ans, avec des répercussions directes sur le niveau de l’équipe nationale. La montée en puissance de Mohamed Salah aura finalement contribué à rebâtir, progressivement, une équipe capable de disputer une compétition mondiale à armes égales.
L’ombre de l’État derrière les célébrations
La joie populaire n’efface pas les réalités politiques. En Égypte, le football et le pouvoir entretiennent une relation ancienne et trouble. Sous Hosni Mubarak, les succès de la sélection étaient systématiquement récupérés à des fins de légitimation : le président recevait les joueurs au palais présidentiel tandis qu’il ignorait les victimes du naufrage du ferry Al-Salam en 2006, qui avait coûté la vie à plus de mille Égyptiens. Depuis le coup d’État de 2013 et l’accession d’Abdel-Fattah el-Sissi à la présidence, l’Égypte fait face à une répression sans précédent des libertés civiles. Le sport national n’y a pas échappé.
C’est précisément ce contexte qui rend la victoire de Vancouver si singulière. Elle appartient d’abord aux supporters qui ont chanté toute la nuit dans les rues de la capitale, aux familles réunies devant les écrans à l’aube, à ceux qui n’ont plus grand-chose d’autre à célébrer. Que l’État tente d’en revendiquer la paternité n’a rien de surprenant – c’est un réflexe aussi vieux que le sport de masse. Mais dans les rues du Caire lundi matin, avec les drapeaux qui claquaient et les klaxons qui résonnaient, il s’agissait d’autre chose : d’un peuple qui s’accordait, le temps d’une nuit, le droit à l’insouciance. Pour parier sur les prochaines rencontres de la Coupe du Monde, découvrez les meilleurs bookmakers disponibles en RDC.
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