Chris Hughton défend Tottenham et estime que le chantier était trop vaste pour réussir d’entrée
Tottenham a voulu tout changer d’un coup, et Chris Hughton pense que c’était presque inévitablement risqué. Pour l’ancien défenseur des Spurs, le mauvais départ du club s’explique d’abord par l’ampleur de la reconstruction engagée après une saison cauchemardesque, conclue dans la peur jusqu’à la dernière journée.
Le club londonien a dépensé près de 400 millions de livres pour faire venir 10 joueurs, tout en laissant partir plusieurs cadres, dont le capitaine Cristian Romero, le gardien Guglielmo Vicario et l’international anglais Djed Spence. À cela s’ajoute la situation de Richarlison, meilleur buteur du club la saison passée, écarté du groupe pour la saison à venir faute de transfert trouvé et en raison du quota de joueurs étrangers.
Résultat: Tottenham se retrouve dernier de Premier League après cinq journées, toujours sans victoire, et déjà éliminé de la Carabao Cup dès le troisième tour. Pour un club qui voulait tourner la page au plus vite, le contraste est brutal.
Tottenham paie le prix d’un été mené à vive allure
Hughton, intronisé cette semaine au Hall of Fame de Tottenham, connaît intimement l’institution. Formé au club, il y a disputé près de 400 matchs, avant d’y travailler comme entraîneur puis comme intérimaire à certaines périodes. Son regard pèse donc davantage que celui d’un simple observateur extérieur.
L’ancien coach de Brighton estime que le club a volontairement accéléré le mouvement après avoir frôlé le pire au printemps. Le maintien obtenu à l’ultime journée a poussé la direction à agir vite, presque dans l’urgence, avec l’idée d’éviter toute rechute. Hughton juge que cette décision se comprend, même si elle expose forcément le groupe à une phase d’adaptation.
Il rappelle aussi qu’un mercato massif ne produit pas toujours des effets immédiats. Certains joueurs s’imposent dès les premières semaines, d’autres ont besoin de temps pour assimiler les automatismes, le rythme et les exigences du vestiaire. Dans son esprit, le démarrage manqué ne dit pas encore tout de la saison.
Le technicien anglais garde d’ailleurs une forme de confiance dans le travail de Roberto De Zerbi, qu’il décrit comme un entraîneur très estimé. Il considère également que les recrues ont globalement un bon niveau. À ses yeux, Tottenham a recruté correctement, mais doit désormais laisser la mécanique se mettre en place.
Chris Hughton voit encore une marge de progression à Tottenham
Pour Hughton, les supporters veulent des réponses immédiates, mais la réalité du terrain est souvent plus lente. Il insiste sur le fait qu’à ce stade de la saison, les réactions sont amplifiées par le bruit médiatique et les commentaires permanents. Le problème n’est donc pas seulement sportif, il est aussi lié à la pression ambiante.
Il dit croire à un retournement de situation. Selon lui, le plus important n’est pas de juger les nouvelles recrues après quelques matchs, mais d’observer la manière dont elles s’installent sur la durée. Il imagine un mieux à venir, même si Tottenham doit encore franchir une étape mentale et collective.
Le profil de certains joueurs nourrit d’ailleurs cet optimisme prudent. Hughton voit en Destiny Udogie un vrai potentiel de latéral gauche, grâce à sa vitesse, sa puissance et son pied gauche. Il regrette seulement que les blessures aient interrompu sa progression. S’il enchaîne enfin une saison plus stable, l’Italien peut, selon lui, montrer sa meilleure version.
À l’inverse, l’Anglais décrit Andy Robertson comme un joueur dont on connaît déjà le rendement. Son expérience reste un atout, même si son nouveau contexte diffère de celui qu’il a connu à Liverpool, où l’entourage et la force collective facilitaient parfois son travail. Hughton insiste sur le fait qu’il porte désormais une responsabilité différente, mais qu’il demeure une vraie valeur pour l’équipe.
Mohammed Kudus, une arme de plus pour le collectif londonien
Le regard de Hughton se pose aussi sur Mohammed Kudus, qu’il connaît bien pour avoir travaillé avec la sélection ghanéenne. L’ancien international a passé près de deux ans avec le Ghana, d’abord comme conseiller technique, puis comme sélectionneur, avec l’attaquant dans son groupe. Il sait donc précisément ce que le joueur peut apporter.
Pour lui, la polyvalence de Kudus peut devenir un vrai levier pour Tottenham. L’ailier a déjà montré en Premier League qu’il pouvait évoluer à plusieurs postes, notamment sur le côté droit, en rentrant sur son pied gauche. Sa technique, sa puissance et son expérience du championnat anglais constituent des arguments solides.
Hughton rappelle aussi que son adaptation avait déjà laissé entrevoir de bonnes choses, avant qu’une blessure ne freine son élan. Désormais, le principal enjeu est de retrouver une condition physique complète. S’il y parvient, le club londonien dispose, selon lui, d’un joueur encore capable d’apporter davantage.
Dans un contexte aussi instable, Tottenham a besoin que ces individualités se connectent vite au projet collectif. Le talent ne manque pas, mais il doit encore se transformer en cohérence. C’est là que se jouera la vraie réponse à ce départ manqué.
Un hommage fort pour Hughton, entre mémoire du club et fierté familiale
Au-delà de son analyse sportive, Chris Hughton a vécu un moment symbolique fort avec son entrée au Hall of Fame de Tottenham. Lundi soir, avec d’autres figures du club, il a participé à la présentation d’un mur d’hommage au Tottenham Hotspur Stadium, orné des portraits des légendes déjà intronisées.
Le club l’avait déjà salué sur la pelouse avant la défaite contre Aston Villa. Pour lui, cette reconnaissance a une valeur particulière, d’autant qu’il a passé une grande partie de sa vie dans l’environnement des Spurs. Il raconte aussi avoir déjà connu ce stade sous un autre maillot, lorsqu’il y avait emmené Brighton pour une courte défaite décidée en toute fin de match.
Mais l’essentiel, à ses yeux, dépasse sa propre trajectoire. Il insiste sur le rôle de sa famille, qui a accompagné toutes les étapes de son parcours de joueur puis d’entraîneur. Né à l’est de Londres, arrivé à Tottenham à 13 ans, il voit dans cette distinction une forme d’aboutissement personnel et collectif.
La présence de noms comme Pat Jennings ou Steve Perryman dans cette liste renforce encore sa fierté. Pour Hughton, entrer dans ce cercle n’est pas seulement un honneur individuel: c’est aussi une manière de mesurer le chemin parcouru au sein d’un club qui a marqué toute sa vie.


