Anthony Gordon appelle l’Angleterre à arrêter de copier l’Espagne
Anthony Gordon estime que le contrôle du jeu n’est pas inscrit dans l’« ADN » anglais. L’ailier de Barcelone pense surtout que les Three Lions ne franchiront peut-être enfin le dernier palier en tournoi majeur qu’en cessant de vouloir imiter l’Espagne. Dans un contexte de préparation au choc de samedi contre les champions du monde en titre, son message sonne comme un avertissement, mais aussi comme une forme de libération.
Après leur demi-finale perdue 2-1 face à l’Argentine, les Anglais ont tout de même terminé leur parcours sur une note positive avec un succès 6-4 contre la France lors du match pour la troisième place. Ce classement représente leur meilleur résultat en Coupe du monde depuis 1966. Pourtant, la façon dont ils ont chuté contre l’Argentine continue de nourrir le débat.
Une demi-finale qui a laissé des traces chez les Three Lions
Le revers contre l’Argentine a marqué les esprits, d’autant que Thomas Tuchel avait choisi de retirer Gordon peu après l’ouverture du score et de basculer dans une défense à cinq. Ce choix tactique a exposé l’équipe à une pression accrue. Enzo Fernández a égalisé, puis Lautaro Martínez a offert la victoire dans le temps additionnel.
Gordon a reconnu avoir « jamais ressenti pire » après cette rencontre. Mais pour lui, cette blessure sportive peut aussi devenir un point d’appui. Il y voit une cicatrice utile, celle qui pousse un groupe à évoluer plutôt qu’à s’effondrer.
Le joueur de 25 ans insiste sur un principe simple: l’Angleterre n’a pas besoin de se transformer en copie de l’Espagne. Elle doit, selon lui, exploiter ses propres atouts. « Nous sommes anglais », rappelle-t-il en substance, avec l’idée que chaque sélection possède des qualités différentes.
Anthony Gordon et le débat sur le style anglais
Installé à Barcelone depuis son transfert estival en provenance de Newcastle pour 69,3 millions de livres, Gordon estime que son expérience en Liga lui a ouvert les yeux. Jouer avec et contre plusieurs cadres espagnols lui a permis de mesurer à quel point l’approche de la Roja diffère de celle des autres grandes nations.
Son regard est clair: les joueurs anglais ne deviendront pas espagnols par simple apprentissage. L’Espagne, dit-il, s’appuie sur une maîtrise du ballon et des choix dans les espaces qui ne se décrètent pas du jour au lendemain. Il juge les deux viviers comparables en qualité, mais différents dans leurs caractéristiques.
Cette réflexion intervient alors que l’Angleterre accumule les frustrations dans les grands rendez-vous. Deux finales consécutives de l’Euro perdues, des défaites contre la France et l’Argentine aux deux dernières Coupes du monde: la question du contrôle face aux meilleures équipes revient sans cesse. En face, l’Espagne a rappelé ce que signifie une domination de possession, comme lors de sa finale mondiale, gagnée avec 65 % du ballon et une maîtrise étouffante.
L’Angleterre face à l’Espagne, un test révélateur
Le rendez-vous de samedi arrive donc avec un parfum particulier. Le style espagnol mettra l’Angleterre à l’épreuve, et Wembley attend une réponse. Reste à savoir si cette réponse viendra par davantage de contrôle… ou par une affirmation plus nette de ce que l’équipe sait faire naturellement.
Gordon, lui, refuse l’idée d’un apprentissage total du jeu à l’espagnole. Il estime que certaines qualités ne se transmettent pas mécaniquement. Selon lui, l’Espagne possède une manière de penser et d’exécuter différente, presque instinctive, que l’Angleterre n’a pas vocation à reproduire à l’identique.
« Ce n’est pas dans l’ADN anglais », résume-t-il. Le constat est brutal, mais il reflète aussi une réalité tactique: copier un modèle ne garantit rien. Pour Gordon, la solution passe plutôt par une meilleure identification des forces du groupe.
Gordon défend Tuchel et renvoie la responsabilité au groupe
Le débat autour de la demi-finale contre l’Argentine a aussi touché Thomas Tuchel, critiqué pour ses choix plus prudents. Gordon, lui, refuse d’accabler son sélectionneur. Il estime qu’il serait trop facile de faire porter la faute à un seul homme alors que le staff cherchait simplement à gagner la compétition.
Le constat est plus collectif dans sa bouche. Il pense que les joueurs auraient pu prendre davantage d’initiatives pour garder la main sur le match face à l’Argentine. Selon lui, si l’équipe avait mieux contrôlé les moments clés, le coach n’aurait pas eu besoin d’opter pour ce bloc plus prudent.
Le sentiment d’inachevé est d’ailleurs renforcé par la qualité affichée à l’entraînement. Gordon assure que l’équipe ne reproduisait pas toujours en match ce qu’elle construisait dans le travail quotidien. S’ils avaient transformé ces séquences en compétition, avance-t-il, les Three Lions auraient pu dominer tout le monde.
Son tournoi personnel laisse malgré tout une impression solide. Buteur en demi-finale, passeur décisif à quatre reprises et titulaire à cinq reprises, Gordon a été l’un des hommes forts de l’Angleterre. Son but contre l’Argentine a même fait naître un bref espoir de sacre mondial, avant que la soirée ne bascule.
Le joueur dit avoir marqué sous l’effet de l’adrénaline, dans une sorte d’état de confiance totale. Mais il rappelle aussi qu’un ailier sort souvent en cours de match, ce qui rend sa substitution moins surprenante sur le principe, même si le contexte précis l’a été davantage.
En filigrane, son message est limpide: l’Angleterre doit apprendre de ses échecs, mais sans renier ce qu’elle est. Entre inspiration étrangère et identité propre, le débat reste ouvert. Et face à l’Espagne, il pourrait bien prendre une nouvelle dimension.


