Alex Freeman, le but du déclic et l’ambition d’aller encore plus haut avec les États-Unis


Alex Freeman, le but du déclic et l’ambition d’aller encore plus haut avec les États-Unis

Alex Freeman a déjà laissé une image forte de cette Coupe du monde. Après son but contre l’Australie, le jeune défenseur américain de 21 ans a traversé le terrain en courant, comme emporté par l’instant, incapable de contenir l’onde émotionnelle provoquée par le plus grand moment de sa jeune carrière. Le succès des États-Unis, scellé sur ce 2-0, a bien sûr compté. Mais la scène a raconté autre chose aussi: l’irruption définitive d’un joueur encore en construction, déjà essentiel dans l’élan de sa sélection.

Ce but n’a rien d’anodin. Il intervient à l’issue d’une ascension fulgurante. Il y a un an et demi, Freeman espérait simplement lancer sa carrière en MLS. Depuis, tout s’est accéléré. Débuts en sélection le 7 juin 2025, montée en puissance au plus haut niveau, transfert vers Villarreal en janvier, puis désormais un but en Coupe du monde dans un rendez-vous qui a marqué les esprits.

Ce qui frappe surtout, chez lui, c’est le mélange entre lucidité et ambition. Freeman ne se présente pas comme un joueur rassasié. Au contraire, il considère cette percée comme un point de départ. Dans son esprit, la ligne d’arrivée n’est pas cette réalisation face à l’Australie, mais bien le trophée. Une façon de penser qui en dit long sur sa maturité.

Alex Freeman, un but validé après l’attente et une célébration devenue image du Mondial

Le scénario de son but a ajouté encore plus d’intensité à l’instant. À la 42e minute et 57 secondes, Freeman place sa tête à bout portant et croit d’abord avoir marqué. Pourtant, il doute presque aussitôt. Trop seul au moment de reprendre le ballon, pense-t-il, pour que l’action soit vraiment valable. L’attente s’installe alors.

Il faut patienter jusqu’à 44:54 pour obtenir la confirmation définitive de l’arbitre. Entre-temps, le défenseur américain vit une succession de faux départs émotionnels. Il part une première fois, puis se retient. Il croit comprendre, puis hésite encore. Au troisième signal, cette fois, c’est la bonne. Le tableau d’affichage passe à 2-0 pour les États-Unis, et Freeman s’enfuit.

Cette course folle est devenue l’une des images fortes du tournoi. Ses coéquipiers ont bien tenté de le rattraper, sans grand espoir. Certains l’ont reconnu après la rencontre: une fois lancé, il était intouchable. Pas seulement parce qu’il est rapide, mais parce qu’il était ailleurs, totalement absorbé par l’instant.

La scène a aussi mis en lumière la place qu’il a gagnée dans le groupe. Plus jeune joueur de l’effectif, Freeman évolue pourtant dans une sélection qui compte 13 vétérans de Coupe du monde et des automatismes installés depuis des années. Voir tout le banc, puis tous ses partenaires, célébrer avec autant d’enthousiasme a donné une valeur supplémentaire à ce premier but mondial. Pour lui, c’était la preuve concrète qu’il avait trouvé sa place.

La confiance de Pochettino change la dimension d’Alex Freeman

En quelques mois, Mauricio Pochettino a joué un rôle central dans cette progression. L’été dernier, avant un match amical contre la Turquie, Freeman apprend la veille qu’il sera titulaire. La mission n’avait rien d’un cadeau. En face se dressaient Arda Güler et Kenan Yildiz, deux des jeunes talents les plus exposés du football européen. C’était un test grandeur nature, presque un baptême du feu.

Un an plus tard, après une deuxième victoire de suite des États-Unis dans ce Mondial, le sélectionneur n’a pas caché son admiration. Pochettino voit en Freeman un joueur humble, réceptif, travailleur, avec un profil rare et un potentiel immense. Le technicien argentin est même allé plus loin en estimant qu’il pouvait devenir l’un des meilleurs du monde à son poste.

Pour un joueur de 21 ans, ce type de déclaration peut griser. Freeman, lui, l’accueille autrement. Il y voit une exigence. Si son entraîneur le place à ce niveau d’attente, alors il estime devoir le démontrer sur le terrain, et pas seulement aux yeux du staff. Son idée est claire: prouver à tout le monde qu’il peut atteindre ce plafond.

Cette confiance agit comme un moteur. Freeman explique qu’un tel soutien renforce l’envie de jouer pour son entraîneur. Il sait aussi que Pochettino a dirigé et observé des joueurs de très haut niveau. Dès lors, être jugé de cette manière par un technicien aussi expérimenté devient à la fois un honneur et une responsabilité.

Un parcours rapide, mais pas simple, entre Orlando, l’Espagne et la sélection

La trajectoire du latéral n’a rien eu de linéaire. À 16 ans, après avoir été écarté par l’Inter Miami, il quitte son environnement pour rejoindre Orlando et relancer sa progression. Puis, en janvier dernier, il repart, cette fois vers l’Espagne et Villarreal. Un nouveau saut, beaucoup plus exigeant sur le plan personnel.

Ses premiers mois en Espagne ont été marqués par la solitude, d’autant qu’il ne jouait pas régulièrement. Freeman raconte cette période comme un vrai test de caractère. L’éloignement familial, le besoin d’avancer presque seul, l’intensité de la concurrence: tout cela l’a forcé à grandir vite. Il ne romantise rien. Pour lui, le football de haut niveau ne devient jamais facile. Au mieux, il devient un peu moins dur à travers l’expérience.

Sur le plan sportif, la transformation est nette. À ses débuts, il était surtout perçu comme un latéral offensif, très porté vers l’avant. Ses qualités athlétiques et ses projections existaient déjà, mais son jeu défensif demandait encore du travail. Aujourd’hui, son profil est bien plus complet.

Avec les États-Unis, il évolue dans un rôle hybride. Tantôt latéral droit, tantôt presque troisième défenseur central, il doit répondre à des exigences tactiques plus larges. Face au Sénégal, à l’Allemagne, au Paraguay ou à l’Australie, il a été exposé à des adversaires capables de le pousser hors de sa zone de confort. Jusqu’ici, il a répondu présent.

Alex Freeman veut désormais écrire l’histoire avec les États-Unis

Son but contre l’Australie n’est donc pas un aboutissement, mais un jalon. Freeman compte désormais 20 sélections, alors qu’il reste encore novice à l’échelle internationale. Au niveau des clubs, il ne possède qu’une saison complète d’expérience professionnelle en MLS et seulement neuf apparitions avec Villarreal depuis son arrivée en janvier. Le volume reste limité, mais la progression saute aux yeux.

La Coupe du monde, elle, a changé son regard. L’ambiance, la culture des tribunes, la sensation d’être au centre d’un événement planétaire: le défenseur américain dit avoir découvert un tournoi encore plus grand que ce qu’il imaginait. En vivant cela de l’intérieur, il a aussi compris le lien profond entre le football et ceux qui le suivent partout sur la planète. Pour plus d’informations sur la compétition, le cadre officiel reste celui de la FIFA.

Le prochain cap est déjà là. Les États-Unis affrontent la Bosnie-Herzégovine mercredi en seizièmes de finale. L’enjeu est lourd: la sélection américaine vise sa première victoire dans un match à élimination directe depuis 2002, soit deux ans avant la naissance de Freeman. Ce simple repère suffit à mesurer l’attente qui entoure cette génération.

Le principal intéressé assure ressentir cette pression, mais aussi le soutien de tout un pays. Et c’est sans doute ce qui résume le mieux son été: un jeune joueur qui découvre la grandeur du Mondial, qui assume de devoir encore prouver, et qui refuse de s’arrêter à son premier grand frisson. Freeman a déjà eu son moment. Il pense surtout aux suivants.

Aminata Kouyaté
auteur

Aminata Kouyaté

Aminata Kouyaté — Analyste paris & journaliste sportive Aminata Kouyaté a grandi à Bouaké. Après une formation en journalisme à l'ISTC d'Abidjan, elle commence sa carrière dans la presse radio locale en 2003, couvrant les matchs de ligue nationale ivoirienne…

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