Barry Hearn et Brentwood Town, un pari local qui pourrait changer de dimension
Barry Hearn ne se résume pas à ses succès dans le snooker, les fléchettes ou la boxe. À 78 ans, le patron de Matchroom remet aussi le pied dans un football qu’il connaît depuis l’enfance, cette fois avec Brentwood Town, un modeste club du football non-ligue anglais qui espère grandir sans brûler les étapes.
Le nom du promoteur attire forcément l’attention. Mais derrière cette association, il y a surtout l’idée d’un projet construit dans le temps, avec des moyens financiers, de l’expérience et une vraie volonté de faire progresser le club au-delà de son cadre actuel.
Un retour au football non-ligue après l’épisode Leyton Orient
Hearn n’est pas un novice dans le football. En 1995, il avait sauvé Leyton Orient de la faillite en rachetant le club pour une somme dérisoire, avant d’y investir lourdement pendant près de deux décennies. Sous son règne, Brisbane Road a été rénové par étapes, les dettes ont été effacées et l’ancien propriétaire a fini par céder son club en 2014.
L’histoire s’était conclue sur une note sportive amère, avec une finale de play-offs perdue aux tirs au but contre Rotherham à Wembley. Ensuite, Hearn s’était éloigné du football pendant plusieurs années, concentrant son énergie sur ses autres affaires. Son retour, via Brentwood Town, n’en est que plus significatif.
Brentwood Town, le terrain idéal pour bâtir un projet
Le rapprochement entre Hearn et Brentwood Town a commencé presque par hasard, au départ autour d’une action caritative liée à Saint Francis Hospice, dont il est mécène. Un match partagé aux côtés du président Jez Dickinson a ensuite ouvert la porte à des discussions plus sérieuses. Les deux hommes se sont revus, ont déjeuné ensemble, et la relation s’est installée naturellement.
Depuis, Matchroom a d’abord sponsorisé le maillot domicile du club en juillet 2023. L’année suivante, Hearn a pris une participation minoritaire, avant l’annonce, cet été, d’un partenariat de cinq ans accompagné d’un investissement jugé important pour la structure. Le signal est clair: il ne s’agit pas d’un simple coup de projecteur, mais d’un engagement durable.
Barry Hearn, soutien financier mais aussi référence ambitieuse
Jez Dickinson insiste sur un point essentiel: Barry Hearn n’est pas venu pour diriger le club à la place des hommes en place. Il échange régulièrement avec le président, suit les finances, donne son avis et pose des questions, mais sans chercher à intervenir dans la gestion quotidienne. Cette distance assumée semble même faire partie de la méthode.
Pour Dickinson, la présence d’un nom comme Hearn agit presque comme une pression positive. Elle élève les exigences, renforce la crédibilité du projet et rassure d’éventuels partenaires. Le message envoyé à l’extérieur compte autant que l’apport direct. Dans un environnement où la confiance conditionne souvent le développement, ce type d’appui peut peser très lourd.
Hearn, lui, apprécie visiblement les chiffres et le suivi structuré. Mais il préfère rester un soutien qu’un chef d’orchestre. Cette posture colle à son image d’entrepreneur sportivo-médiatique: impliqué, exigeant, mais pas envahissant.
Le projet sportif de Brentwood Town prend enfin forme
Le chantier engagé à Brentwood ne partait pas de très haut. À son arrivée à la présidence en 2019, Dickinson décrivait un club sans véritable passerelle entre les jeunes et l’équipe première, avec des installations vieillissantes et une ambition limitée au maintien. Depuis, la transformation est visible.
Le club a posé une pelouse 3G neuve à l’été 2024, remporté l’Isthmian North Division en 2024/25 et perdu la finale des play-offs la saison dernière, avec une montée en National League South en jeu. Brentwood a aussi développé un Centre of Excellence qui accueille 250 garçons et filles de six à 12 ans. Le président le répète: sans formation, le projet resterait creux.
Sur le plan du terrain comme de la structure, Brentwood avance donc par étapes. L’équipe première n’est pourtant qu’en 18e position de l’Isthmian Premier Division après huit journées, mais l’objectif ne se limite pas au classement du moment. Le club vise aussi davantage de monde au stade, avec une moyenne actuelle juste sous les 700 spectateurs et une cible fixée à 1 000.
Le prochain palier dépendra aussi des infrastructures
Le développement sportif reste lié à celui du stade. Un projet de tribune de 1 000 places est déjà dans les cartons, mais il dépend encore de l’achèvement de l’achat du Brentwood Centre Arena. Autrement dit, les ambitions existent, mais elles avancent sous contrainte et demandent de la patience.
Dans ce contexte, l’engagement de Hearn et de Matchroom prend tout son sens. Dickinson parle d’un partenariat pensé pour pousser le club aussi haut que possible dans la pyramide du football anglais. Et s’il rêve déjà de prolonger l’aventure au-delà des cinq ans annoncés, il reste lucide sur le chemin à parcourir.
Un maintien durable au niveau National League dans cinq ans serait déjà considéré comme une belle réussite. Ce serait, surtout, la preuve qu’un club de quartier peut changer d’échelle quand l’organisation, l’investissement et l’ambition vont dans le même sens. Pour suivre la structuration du football anglais à tous les niveaux, FIFA reste une référence utile.



