Parme, du rêve européen au retour en Serie A: une histoire de grandeur et de naufrage
Parme a connu l’un des destins les plus saisissants du football italien: une ascension fulgurante, une chute brutale, puis une renaissance patiente. Le 12 mai 1999, au stade Loujniki de Moscou, le club émilien écrasait Marseille 3-0 en finale de la Coupe UEFA. Ce soir-là, tout semblait possible pour un club devenu, en moins d’une décennie, une référence en Europe.
Avec son maillot jaune et bleu, ses stars, son jeu léché et son aura nouvelle, Parme incarnait alors la réussite totale. Mais cette image brillante cachait déjà une fragilité profonde. Derrière les trophées et les grandes soirées continentales, le club vivait au-dessus de ses moyens, jusqu’à sombrer dans une crise financière qui allait tout emporter.
Parme, la montée irrésistible d’un club de province
À l’origine, Parme n’était qu’un club provincial ambitieux, sans le poids historique des géants italiens. Tout change en 1990, lorsque Calisto Tanzi rachète l’équipe de sa ville natale. Le patron de Parmalat veut bâtir un club à la hauteur de sa réussite industrielle. Il vise l’élite sportive, mais aussi une forme de reconnaissance personnelle.
Le pari est vite gagné. Sous la conduite de Nevio Scala, Parme monte en Serie A dès la première tentative, puis s’installe parmi les grandes équipes du pays. En 1992, le club remporte sa première Coppa Italia en surprenant la Juventus. Un an plus tard, il décroche la Coupe des vainqueurs de coupe face à Anvers. Le cycle est lancé, et il semble impossible à arrêter.
Cette période donne naissance à une équipe très marquante. Claudio Taffarel garde les buts, Fabio Cannavaro et Lilian Thuram verrouillent l’arrière-garde, Juan Sebastian Veron dicte le tempo, tandis qu’Hernan Crespo et Enrico Chiesa font vivre un cauchemar aux défenses adverses. À ce niveau-là, Parme n’est plus un simple outsider. Le club joue avec les codes des puissants.
Le style Parme, entre talent brut et liberté presque insolente
Ce qui frappait aussi à Parme, c’était l’atmosphère. Les entraînements avaient lieu à la Cittadella, dans un parc public situé à quelques minutes du centre-ville. Les joueurs se changeaient au Tardini avant de rejoindre les terrains en minibus. Claudio Taffarel conduisait souvent lui-même, et Faustino Asprilla s’y est essayé aussi, avec le résultat que l’on peut imaginer.
Cette proximité avec la ville donnait au club une identité rare. Les habitants regardaient parfois les séances à travers la clôture, entre deux parties de cartes ou un sandwich au salami. Gigi Buffon, pourtant devenu une légende, a souvent rappelé combien cette ambiance était singulière. Parme était à la fois un club moderne par ses résultats et presque artisanal dans son quotidien.
Alberto Malesani, puis d’autres, ont prolongé cette idée d’un football offensif et élégant. En finale de Coupe UEFA 1999, le troisième but résume tout: Veron centre, Crespo laisse passer, Chiesa envoie le ballon dans la lucarne. Une action simple, fluide, presque idéale. C’était l’image d’un Parme qui savait combiner efficacité et beauté.
Une ambition sportive portée par Parmalat, mais bâtie sur du sable
Le succès du club a longtemps accompagné celui de Parmalat. La multinationale agroalimentaire, devenue une marque mondiale, soutenait largement le projet. Avec l’argent et l’influence de Tanzi, Parme a pu attirer des profils de très haut niveau et rêver plus grand. Le club voulait se hisser durablement parmi les « sept sœurs » de la Serie A.
Mais cette montée en puissance a eu un revers. Selon Stefano Tanzi, la masse salariale a été multipliée par cinq en cinq ans. Les dirigeants tentaient sans cesse de combler les trous en dépensant davantage. Le modèle paraissait viable tant que les trophées et les ventes de joueurs alimentaient la machine. Il ne tenait pourtant qu’à un fil.
Le début des années 2000 marque le tournant. Veron part après le deuxième sacre européen, Crespo est vendu l’été suivant, puis Buffon et Thuram rejoignent la Juventus en 2002. Même avec ces départs, les comptes restent fragiles. Quand le scandale Parmalat éclate, Parme se retrouve exposé, sans filet.
Faillites, ventes forcées et humiliation à répétition
La chute de Parmalat plonge d’abord Calisto Tanzi dans la tourmente judiciaire. En décembre 2003, il quitte ses fonctions, avant qu’un trou gigantesque ne soit révélé dans les comptes du groupe. Les conséquences sont immédiates pour le club, privé de son principal soutien économique. Adriano est vendu à l’Inter, mais cela ne suffit pas à sauver la maison.
Les détails de cette période disent tout du naufrage. Parme doit même recouvrir à la hâte l’ancien logo Parmalat sur les maillots, faute de pouvoir en imprimer de nouveaux. Le 28 avril 2004, le Parma AC est déclaré insolvable. Un nouveau club renaît ensuite sous le nom de Parma FC, mais les meilleurs éléments continuent d’être sacrifiés pour survivre.
Le retour de Tommaso Ghirardi en 2007 laisse d’abord espérer une sortie de crise. Jeune et ambitieux, il parle de prudence et de gestion saine. Pourtant, la situation se dégrade à nouveau. En 2014, le club se voit refuser une licence européenne pour une facture fiscale de 300 000 euros impayée. Le message est clair: l’édifice chancelle encore.
Le krach de 2015 et la renaissance de Parme
Ce que les supporters découvrent en 2015 dépasse encore le simple déclin sportif. Le club est vendu pour 1 euro, d’abord à une société chypro-russe, puis à Giampietro Manenti. Alessandro Lucarelli comprend très vite que les nouveaux dirigeants n’ont aucune prise sur la réalité. Les joueurs lavent eux-mêmes leurs affaires, les jeunes s’entraînent sans eau chaude, et les salaires ne suivent plus.
En mars 2015, Parme est déclaré en faillite. Tout est saisi, jusqu’aux sièges du vestiaire et aux trophées glanés pendant la grande période. L’équipe poursuit pourtant sa saison dans une ambiance irréelle. Jose Mauri parle de journées très difficiles, d’un vestiaire saturé de rumeurs et d’un groupe qui essaye simplement de ne pas perdre la tête.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Après la disparition du Parma FC, le club renaît sous le nom de Parma Calcio 1913 et repart en quatrième division. Trois promotions consécutives lui permettent de retrouver la Serie A en 2018. Aujourd’hui, Parme semble enfin profiter d’une stabilité bienvenue sous l’ère du groupe Krause, même si revenir au sommet européen paraît presque impossible dans le football actuel.
Le plus beau résumé vient peut-être de Nevio Scala. À ses yeux, Parme était une famille, avec ses forces et ses faiblesses, mais une famille où le dialogue et le plaisir existaient encore. C’est peut-être là que résidait sa singularité. Et c’est précisément ce qui a disparu quand le club a perdu de vue ce qui avait fait sa grandeur.
Dans FIFA, on parle souvent des grandes histoires du jeu. Celle de Parme en fait partie. Un club né dans un parc public, monté jusqu’aux sommets européens, puis tombé dans le chaos avant de se relever. Une trajectoire presque irréelle, et pourtant bien réelle.


