Infantino se tourne vers Washington pour tenter d’enrayer la crise à la FIFA


Infantino se tourne vers Washington pour tenter d’enrayer la crise à la FIFA

Gianni Infantino joue sa survie à la tête de la FIFA. Le président de la FIFA serait désormais à la recherche d’un appui politique aux États-Unis, après l’échec retentissant d’un projet de monétisation des droits commerciaux de la Coupe du monde. Dans ce dossier explosif, le dirigeant suisse-italien tenterait de mobiliser l’administration Trump pour desserrer l’étau qui se referme sur lui.

Le rendez-vous annoncé avec Marco Rubio, secrétaire d’État américain, illustre l’ampleur de la pression. Cette prise de contact, prévue lundi matin, ressemble à une manœuvre de la dernière chance. En interne, plusieurs voix réclament désormais son départ, tandis que l’image du patron du football mondial s’est nettement abîmée ces derniers jours.

Le projet FIFA Forward Enterprise a déclenché la tempête

À l’origine de cette crise, il y a un plan resté secret pendant des semaines. L’idée consistait à créer une entité baptisée FIFA Forward Enterprise pour lui confier les droits commerciaux de la compétition la plus rentable du football mondial. Dans cette opération, Thrive Capital, le fonds lié à Josh Kushner, devait entrer à hauteur de 20 %, pour environ 4 milliards de dollars.

La valorisation globale de l’ensemble avait été estimée à 20 milliards de dollars. Mais au lieu de rassurer, ce schéma a provoqué une levée de boucliers quasi immédiate. Plusieurs fédérations nationales ont dénoncé un manque total de transparence, affirmant avoir découvert l’existence de ce projet par la presse.

Cette colère ne s’est pas limitée aux instances nationales. En coulisses, la fracture est devenue plus profonde encore, car certains cadres de la FIFA se disent trahis par la méthode employée. Le sentiment dominant n’est plus seulement la contestation d’un dossier financier, mais une rupture de confiance plus large autour de la gouvernance d’Infantino.

Infantino fragilisé par les divisions internes à la FIFA

Le malaise dépasse désormais le simple désaccord de fond. Kevin Lamour, directeur général de la FIFA, a publiquement expliqué s’être senti “deceived” après l’échec des négociations. Il a aussi affirmé qu’il n’avait jamais eu connaissance de discussions secrètes avec le fonds d’investissement concerné.

Ce type de sortie, rare à ce niveau, traduit l’ampleur des tensions internes. Selon plusieurs échos venus de Zurich, une partie de la direction aurait même commencé à s’organiser pour pousser Infantino vers la sortie. Le nom de code “Project Kill The Monster” circule désormais parmi ceux qui souhaitent provoquer un changement à la tête de l’institution.

Dans ce climat, le président de la FIFA apparaît plus isolé que jamais. Il chercherait des soutiens visibles, capables de prendre sa défense publiquement. Ce besoin d’alliés traduit une situation où l’autorité institutionnelle ne suffit plus à contenir la contestation.

La révolte de l’UEFA complique encore le dossier Infantino

Le coup le plus dur est venu de l’UEFA. Le 30 juillet, les membres de l’instance européenne ont voté à l’unanimité le boycott de toutes les compétitions organisées par la FIFA, y compris la Coupe du monde masculine 2030. Une décision d’une portée exceptionnelle, prise en réaction directe au projet de privatisation partielle des actifs commerciaux.

Le calendrier rend cette crise encore plus sensible. La Coupe du monde 2030 doit être organisée par l’Espagne, le Portugal et le Maroc. Un boycott européen créerait donc une situation presque absurde, avec deux pays hôtes potentiellement absents de leur propre tournoi.

Pour la FIFA, les conséquences seraient immenses sur le plan politique comme sur le plan logistique. L’organisation ne se retrouve pas seulement face à un désaccord passager, mais devant une contestation structurée qui menace la préparation d’un rendez-vous majeur du football mondial.

Un recours politique qui rappelle les heures les plus fragiles du football mondial

Le recours à Washington en dit long sur la fragilité du moment. Infantino avait pourtant tenté de nouer une relation étroite avec Donald Trump en amont du Mondial 2026. Mais ce lien semble s’être distendu, au point que plusieurs proches du dossier affirment que le président américain ne répondrait plus à ses appels.

Face à cette solitude croissante, le rendez-vous avec Marco Rubio prend des allures de pari risqué. L’objectif serait clair: retrouver un protecteur influent hors du monde du football. Pour l’instant, ni le département d’État ni la FIFA n’ont confirmé publiquement la nature exacte de ces échanges.

Cette séquence renvoie enfin à un précédent bien connu. Infantino avait pris les commandes de la FIFA après la chute de Sepp Blatter, emporté par les scandales de corruption. Aujourd’hui, le dirigeant suisse-italien se retrouve à son tour confronté à une crise existentielle, à la fois politique, institutionnelle et personnelle.

Aminata Kouyaté
auteur

Aminata Kouyaté

Aminata Kouyaté — Analyste paris & journaliste sportive Aminata Kouyaté a grandi à Bouaké. Après une formation en journalisme à l'ISTC d'Abidjan, elle commence sa carrière dans la presse radio locale en 2003, couvrant les matchs de ligue nationale ivoirienne…

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