Suisse mondiale: Granit Xhaka au centre d’un parcours renversant


Suisse mondiale: Granit Xhaka au centre d’un parcours renversant

Granit Xhaka incarne à lui seul les secousses, les tensions et le rebond de la Suisse dans cette Coupe du monde. Après un début poussif face au Qatar, conclu par un 1-1 frustrant sur un but contre son camp de Miro Muheim dans le temps additionnel, la sélection helvétique semblait loin du compte. Quelques jours plus tard, la voilà pourtant propulsée vers les sommets, portée par un capitaine aussi contesté qu’essentiel.

Au lendemain de ce match d’ouverture, l’atmosphère s’était nettement assombrie. Xhaka, fidèle à son tempérament frontal, avait publiquement secoué ses partenaires. Le geste n’est pas passé inaperçu. Très vite, le débat a débordé le cadre sportif pour toucher à la vie du groupe, certains échos évoquant un vestiaire bousculé par l’attitude du milieu suisse.

Dans ce climat tendu, peu d’observateurs misaient encore sur un long parcours helvétique. C’est justement là que cette équipe a commencé à changer de visage.

Granit Xhaka, entre leadership abrasif et besoin de reconnaissance

La réponse de la Suisse est d’abord venue du terrain. Le succès 4-1 contre la Bosnie-Herzégovine a agi comme un tournant, presque comme une réplique collective au bruit ambiant. Xhaka a lui-même participé à la démonstration, en trouvant le chemin des filets avant de célébrer avec une gestuelle sans équivoque, comme pour renvoyer les critiques à leurs auteurs.

Le capitaine n’a d’ailleurs pas cherché à calmer le jeu. Au contraire, il a reconnu que cette opposition extérieure pouvait aussi le nourrir. Dans le même souffle, il a surtout réclamé davantage de considération pour l’ensemble de son parcours en sélection. Avec 148 matches disputés sous ce maillot, le message est clair: Xhaka estime avoir gagné le droit d’être jugé avec plus de mesure.

Cette séquence dit beaucoup de son rôle. Le joueur de 33 ans, aujourd’hui à l’AFC Sunderland, ne laisse jamais indifférent. Il peut tendre son équipe, parfois la brusquer, mais il reste aussi le visage de ses ambitions. La Suisse avance donc avec ce paradoxe: son leader divise, tout en demeurant incontournable.

La Suisse s’en sort face à la Colombie au bout de la tension

Le quart de vérité émotionnelle est arrivé contre la Colombie. La Suisse a dû aller jusqu’à la séance de tirs au but pour arracher sa qualification, au terme d’un match où la frontière entre héros et coupable s’est parfois jouée sur un détail. Xhaka, encore lui, a bien failli basculer du mauvais côté de l’histoire.

À la 115e minute, une perte de balle du capitaine a offert à la Colombie une occasion immense. L’action aurait pu faire voler en éclats tout l’élan suisse. Mais l’adversaire n’a pas su convertir ce cadeau inespéré. Dans un tournoi aussi court, ce genre de scène laisse souvent une trace durable. Cette fois, elle a finalement renforcé la dramaturgie autour du capitaine helvétique.

Lors de la séance, Xhaka s’est avancé et a transformé son tir, non sans une part de réussite. Ruben Vargas, Zeki Amdouni et Cédric Itten ont également converti leur tentative. Quand la délivrance est tombée, ses partenaires ont célébré ensemble. Lui s’est effondré seul sur la pelouse, en larmes, comme vidé par l’accumulation des critiques, de la pression et des responsabilités.

L’image a marqué bien au-delà du résultat. Murat Yakin y a vu le visage le plus intime de son capitaine, souvent perçu comme froid, mais soudain exposé dans toute sa fragilité. C’est peut-être là que cette Suisse a franchi un cap: en révélant enfin sa part d’humanité, dans la douleur comme dans le soulagement. Pour suivre l’actualité officielle de la compétition, la référence reste la FIFA.

Cédric Itten, l’autre visage fort de la Suisse

Si Xhaka attire la lumière, Cédric Itten raconte une autre facette de cette aventure suisse. Plus discrète, mais tout aussi forte. L’attaquant de 29 ans sort d’une période particulièrement rude, marquée par une relégation en 3e division avec le Fortuna Düsseldorf dans des circonstances très amères.

Lors de la défaite 0-3 à Fürth, celle qui a précipité la chute directe du club malgré une situation initialement favorable, Itten n’était même pas sur la pelouse. Suspendu pour accumulation de cartons jaunes, il a assisté impuissant à l’effondrement de son équipe. Le contraste avec sa production individuelle restait saisissant: 15 buts et un statut de pilier dans une saison pourtant terminée sur un échec collectif.

Le voir aujourd’hui s’illustrer sur la scène mondiale donne une profondeur supplémentaire au parcours suisse. Dans ces grandes compétitions, il y a toujours des cadres attendus. Mais il y a aussi ces joueurs cabossés par leur saison en club, qui trouvent soudain un autre souffle sous le maillot national. Itten appartient clairement à cette catégorie.

Sa trajectoire prend d’autant plus de relief qu’il rejoindra le Werder Brême la saison prochaine. Autrement dit, ce Mondial peut aussi servir de point de bascule personnel, entre une fin douloureuse à Düsseldorf et un nouveau départ dans un environnement différent.

Une Suisse relancée, malgré les fissures

Le mérite de cette Suisse tient justement à sa capacité à survivre à ses propres fractures. Le nul initial contre le Qatar avait révélé ses limites, les critiques de Xhaka avaient exposé ses tensions, et les débats autour du vestiaire avaient installé le doute. Pourtant, l’équipe n’a pas implosé. Elle a répondu par le jeu contre la Bosnie-Herzégovine, puis par le caractère face à la Colombie.

Rien ne dit encore jusqu’où ce parcours peut mener les Helvètes. En revanche, une chose s’impose déjà: cette sélection avance avec une charge émotionnelle immense. Xhaka concentre les contradictions, Itten symbolise le rebond, et le groupe semble apprendre à vivre avec ses aspérités plutôt qu’à les masquer.

Dans une Coupe du monde, ce genre de dynamique peut devenir une force. À condition, bien sûr, que la Suisse parvienne à garder l’équilibre entre intensité, exigence et maîtrise. Jusqu’ici, elle vacille souvent. Mais elle tombe moins qu’on ne l’imaginait.

Serge Mbeki
auteur

Serge Mbeki

Serge Mbeki — Rédacteur football & comparatifs bookmakers Serge Mbeki a grandi à Kinshasa. Après des études en journalisme à l'IFASIC, il travaille d'abord pour une radio sportive locale avant de se tourner vers la presse digitale en 2017, couvrant…

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