Soixante-sept minutes de maîtrise contenue, puis un geste décisif : Mohamed Salah a offert à l’Égypte dimanche soir ce que trois participations à la Coupe du Monde n’avaient jamais produit – une première victoire dans la compétition. Les Pharaons ont renversé la Nouvelle-Zélande 3-1 en seconde période, après avoir encaissé le premier but, et s’installent désormais en tête du Groupe G avec quatre points.
Un premier acte à oublier, un réveil nécessaire
Pendant quarante-cinq minutes, l’Égypte a subi. La Nouvelle-Zélande, organisée et rigoureuse dans son plan de jeu, a su étouffer les espaces dont Salah a besoin pour exister. L’avant-centre Callum McCowatt avait déjà averti les Pharaons d’une tête piquée qui a contraint le gardien égyptien à s’employer. Le coup de semonce n’a pas suffi.
C’est sur corner que le défenseur Finn Surman a ouvert le score d’une tête puissante, échappant à la vigilance d’Ahmed Fatouh. Un but mérité pour une équipe qui avait clairement dominé les débats dans l’organisation défensive et la circulation du ballon. L’Égypte, elle, semblait engluée dans ses propres limites : prévisible, sans percussion, incapable de trouver la profondeur.
Cette fragilité en première période n’est pas un accident de parcours isolé. Les équipes africaines, souvent brillantes sur le plan individuel, se heurtent fréquemment en phase de groupes à des adversaires qui ont préparé des schémas précis pour neutraliser leurs joueurs clés. La Nouvelle-Zélande avait fait ses devoirs.
La seconde période qui change un destin
Le retour des vestiaires a produit une équipe différente. L’Égypte a haussé le tempo, élargi le jeu et créé les déséquilibres qui manquaient. L’égalisation est venue à la 58e minute : Mostafa Ziko, sur un centre de Mohamed Hany depuis le couloir droit, a repris le ballon de la tête pour battre le gardien néo-zélandais.
Ce but a tout déverrouillé. Neuf minutes plus tard, Salah a produit le moment que les supporters égyptiens attendaient depuis des années. Décalé sur le côté droit après un échange avec Ziko, le capitaine a guidé une frappe basse précise dans le coin opposé. La gestuelle était celle d’un joueur en totale confiance – économie de geste, efficacité maximale. À 34 ans, Salah continue de prouver que la longévité au plus haut niveau ne tient pas qu’à la vitesse, mais à l’intelligence du placement et à la lecture du jeu.
La troisième réalisation est venue sceller la soirée avec un symbolisme particulier : c’est Salah lui-même qui a botté le corner dont Trézéguet, entré en jeu, s’est emparé d’une tête plongeante au premier poteau. L’architecte et le finisseur. Une victoire collective portée par un génie individuel.
Ce que cette victoire représente au-delà du score
Pour comprendre le poids de ce résultat, il faut rappeler que l’Égypte, malgré sa domination historique sur le continent africain – sept titres en Coupe d’Afrique des Nations – a longtemps souffert d’une malédiction mondiale. Qualifiée pour la première fois en 1934, puis absente pendant des décennies avant plusieurs retours difficiles, la sélection égyptienne n’avait jamais converti sa puissance continentale en succès sur la scène mondiale.
Mohamed Salah incarne cette ambition depuis plus de dix ans. Sa carrière en club, couronnée de titres majeurs en Premier League et en Ligue des Champions, contraste avec les désillusions répétées en Coupe du Monde. En 2018, en Russie, une Égypte battue trois fois de suite avait quitté la compétition sans avoir pu s’appuyer pleinement sur son capitaine, blessé avant le tournoi. Ce contexte rend la victoire de dimanche d’autant plus signifiante.
« C’est une grande réussite pour tous les joueurs. C’est une grande victoire. L’ambiance est formidable. Le prochain match est très important », a déclaré Salah à l’issue de la rencontre, dans une sobriété qui en dit long sur la concentration qui reste de mise.
Un groupe G ouvert, une qualification à portée de main
Avec quatre points et une différence de buts favorable, l’Égypte aborde son dernier match de groupe contre l’Iran dans une position qu’elle n’avait jamais occupée à ce stade d’une Coupe du Monde. La Belgique, tenue en échec 0-0 par l’Iran plus tôt dans la journée, reste à portée mais ne dispose que de deux points. La Nouvelle-Zélande, avec un seul point après deux matchs, aura besoin d’un miracle.
Un nul contre l’Iran pourrait suffire à l’Égypte pour se qualifier. Une victoire lui assurerait la première place. Pour la première fois depuis longtemps, les calculs jouent en faveur des Pharaons. La question n’est plus de savoir si l’Égypte peut passer – mais jusqu’où Salah et ses coéquipiers peuvent emmener cette équipe dans un tournoi que personne n’avait prévu de les voir dominer.
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