Lamouchi limogé après la déroute tunisienne, Renard prend les rênes en urgence


Cinq buts encaissés en un seul match de phase de groupes : la sanction était à la hauteur du désastre. La Fédération tunisienne de football a annoncé le limogeage de Sabri Lamouchi au lendemain de la lourde défaite 5-1 concédée face à la Suède lors du premier match de la Tunisie à la Coupe du monde 2026. Pour le remplacer avant même le deuxième match du groupe, prévu dimanche prochain contre le Japon, la Fédération a immédiatement jeté son dévolu sur Hervé Renard – un choix audacieux, mais pas sans logique.

Un naufrage qui ne s’explique pas par la seule malchance

La défaite face à la Suède n’est pas née d’un seul moment de flottement. Dès la septième minute, Yasin Ayari – joueur suédois d’origine tunisienne par son père – ouvrait le score, résumant d’emblée les difficultés défensives qui allaient traverser toute la rencontre. Les erreurs individuelles se sont multipliées, symptôme d’un groupe fragilisé bien avant le coup d’envoi du tournoi.

Un épisode particulièrement révélateur a eu lieu à la 72e minute : remplacé par Lamouchi, le défenseur Yan Valery, qui évolue à Sheffield Wednesday, n’a pas caché son mécontentement envers son entraîneur, exhibant une frustration visible sur le banc. Dans le football de haut niveau, ce type de geste en public traduit rarement une tension isolée ; il signale le plus souvent une fracture plus profonde dans le vestiaire. La question de la cohésion du groupe était posée sans détour.

Les doutes sur Lamouchi ne dataient pourtant pas de ce match. Nommé en janvier, il avait déjà subi une cuisante défaite 5-0 contre la Belgique lors d’un match amical de préparation. Sa gestion du groupe avait également suscité des interrogations au sein de la Fédération, notamment concernant la présence de son fils au camp d’entraînement pendant les préparatifs du Mondial – une présence jugée irrégulière par les responsables fédéraux, qui auraient demandé des explications à l’entraîneur.

Ses choix de sélection avaient aussi alimenté les critiques. En écartant des joueurs expérimentés comme Ferjani Sassi et Yassine Meriah – deux internationaux cumulant plus de deux cents sélections à eux deux -, l’ancien international français avait pris le pari d’un renouvellement radical de l’effectif après la campagne décevante de la Tunisie lors de la CAN 2025. Un pari que le terrain n’a pas validé.

Un changement d’entraîneur en plein tournoi : précédent ou nécessité ?

Limoger un sélectionneur entre deux matchs d’une phase de groupes de Coupe du monde constitue une décision rarissime dans l’histoire du football international. Le risque de déstabilisation supplémentaire est réel : changer de staff, d’organisation tactique et de discours collectif en l’espace de quelques jours représente un défi logistique et humain considérable. Mais face à l’ampleur de la défaite et à l’atmosphère délétère qui semblait régner dans le groupe, la Fédération a manifestement considéré que l’immobilisme était encore plus dangereux.

La nomination d’Hervé Renard s’inscrit dans cette logique d’urgence. Le technicien français dispose d’un profil rare : deux Coupes d’Afrique des Nations remportées, avec la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015, ce qui fait de lui l’un des entraîneurs les plus titrés de l’histoire du football africain. Il a ensuite dirigé le Maroc lors du Mondial 2018, puis l’Arabie saoudite lors de celui de 2022 au Qatar – où ses protégés avaient créé l’une des sensations du tournoi en battant l’Argentine lors du premier match de groupe. Renard avait ensuite pris en charge l’équipe de France féminine, atteignant les quarts de finale de la Coupe du monde 2023 avant d’être éliminé par l’Australie. Revenu en Arabie saoudite pour succéder à Roberto Mancini, il avait contribué à qualifier la sélection pour ce Mondial avant d’être démis de ses fonctions en avril – moins de deux mois avant le coup d’envoi du tournoi.

La Tunisie hérite donc d’un entraîneur que la conjoncture a rendu disponible au moment précis où elle en avait le plus besoin. Renard participera à son troisième Mondial en tant que sélectionneur, ce qui en fait l’un des rares techniciens non européens à bénéficier d’une telle longévité sur la scène mondiale.

Une mission presque impossible, mais pas sans issue

Le calendrier qui attend la Tunisie laisse peu de marge. Après le Japon dimanche prochain, les Aigles de Carthage affronteront les Pays-Bas lors du dernier match de la phase de groupes. Les deux adversaires représentent des défis sérieux ; qualifier la Tunisie pour les huitièmes de finale exigera au minimum deux performances solides dans un délai de préparation extrêmement réduit. Pour ceux qui souhaitent parier sur la suite du parcours tunisien, consultez notre pronostic Brésil Maroc Mondial 2026 pour découvrir les tendances du groupe.

La mission de Renard sera d’abord psychologique autant que tactique : restaurer la confiance d’un groupe visiblement ébranlé, redonner une structure défensive à une équipe qui a encaissé dix buts en deux matchs de préparation et de compétition, et convaincre des joueurs dont certains auraient peut-être préféré ne pas être là. Ce ne sera pas simple. Mais si un entraîneur peut tirer une équipe africaine du bord du gouffre en quelques jours, son palmarès suggère qu’Hervé Renard est l’un des rares à en avoir les moyens.

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À lire aussi : La Suède arrive au Mondial 2026 par la petite porte, la Tunisie par la grande.

Serge Mbeki
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Serge Mbeki

Serge Mbeki — Rédacteur football & comparatifs bookmakers Serge Mbeki a grandi à Kinshasa. Après des études en journalisme à l'IFASIC, il travaille d'abord pour une radio sportive locale avant de se tourner vers la presse digitale en 2017, couvrant…

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