Quatorze des seize stades retenus pour la Coupe du monde 2026 pourraient afficher des températures atteignant ou dépassant 28 degrés Celsius, un seuil jugé dangereux pour les sportifs de haut niveau en plein effort. Dans certaines villes du sud des États-Unis et du nord du Mexique, le thermomètre pourrait grimper jusqu’à 40 degrés aux heures les plus chaudes. Face à ces perspectives, des scientifiques du monde entier ont adressé une lettre ouverte à la FIFA pour dénoncer des mesures de protection jugées insuffisantes.
Un risque physiologique documenté, pas une simple incomfort
La pratique intensive du football par temps de forte chaleur n’est pas qu’une question de confort : elle engage directement la sécurité des joueurs. Lorsque la température ambiante dépasse 28 degrés Celsius avec un taux d’humidité élevé, le corps humain peine à réguler sa température centrale par transpiration. Les risques de coup de chaleur, d’hyperthermie et de défaillance cardiaque augmentent sensiblement, en particulier chez des athlètes soumis à des efforts maximaux sur des périodes prolongées. Les arbitres, moins habitués aux sollicitations physiques extrêmes des footballeurs professionnels, et les spectateurs dans les tribunes, sont également exposés. C’est précisément ce que soulignent les signataires de la lettre ouverte adressée à la FIFA : les protocoles actuellement prévus ne sont pas à la hauteur de l’exposition réelle.
La médecine du sport a établi depuis longtemps des seuils de vigilance en matière de chaleur et d’humidité combinées. Le concept d’indice de chaleur humide – qui tient compte à la fois de la température et de l’humidité relative – est utilisé dans de nombreuses disciplines pour décider d’interrompre ou de reporter une compétition. Son application au football à grande échelle reste, pour l’heure, insuffisamment systématisée.
Les réponses de la FIFA : des mesures partielles face à un défi structurel
La FIFA a annoncé plusieurs dispositifs pour tenter de gérer ces conditions : report des rencontres aux heures les plus fraîches de la journée, autorisation de pauses hydratation supplémentaires en cours de match, recours aux stades couverts lorsque cela est possible, et activation de systèmes de refroidissement dans certaines enceintes. Ces mesures ne sont pas sans effet, mais leur portée reste limitée par la réalité des infrastructures disponibles.
Seuls trois stades – ceux de Dallas, Houston et Atlanta – disposent de systèmes de climatisation ou de refroidissement intégrés. Les treize autres sites devront composer avec des solutions moins efficaces. Le report des matchs vers des horaires nocturnes ou matinaux peut atténuer le risque thermique, mais il introduit d’autres contraintes : décalages pour les diffuseurs télévisés, confort des supporters, logistique des équipes. La Coupe du monde des clubs organisée en 2025 dans des conditions comparables a déjà constitué un signal d’alarme que les observateurs peinent à minimiser.
Un précédent qui fait débat : le Qatar en 2022
La Coupe du monde 2022 au Qatar avait déjà conduit la FIFA à prendre une décision inédite : déplacer l’épreuve de l’été à l’automne pour éviter des températures potentiellement mortelles. Les stades qatariens, entièrement climatisés, avaient permis de contenir le risque à l’intérieur des enceintes, au prix d’un investissement colossal. L’édition 2026, co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, se jouera quant à elle en été – avec un calendrier réparti entre des villes aux profils climatiques radicalement différents, de Vancouver au nord jusqu’à Guadalajara au sud.
Cette disparité géographique complique toute réponse uniforme. Une solution adaptée au stade MetLife de New York ne sera pas transposable à Mexico ou à Miami. L’absence d’un protocole clair et contraignant, applicable à l’ensemble des sites, est précisément ce que les scientifiques signataires de la lettre reprochent à l’instance dirigeante du football mondial.
Une responsabilité institutionnelle à assumer avant le coup d’envoi
La FIFA se trouve dans une position délicate : elle doit équilibrer les impératifs commerciaux d’un tournoi qui mobilise des milliards de téléspectateurs avec les obligations de sécurité envers les participants. La tentation de minorer le risque climatique au nom du spectacle n’est pas nouvelle dans le sport professionnel, mais elle devient de moins en moins tenable à mesure que les événements météorologiques extrêmes se multiplient.
Les scientifiques qui ont signé la lettre ouverte ne demandent pas l’annulation du tournoi ni un transfert de site de dernière minute. Ils réclament des protocoles clairs, des seuils d’intervention définis, et une transparence sur les conditions dans lesquelles joueurs, arbitres et spectateurs seront exposés. La balle est désormais dans le camp de la FIFA, et les deux années qui restent avant le coup d’envoi laissent encore le temps d’agir – à condition que la volonté politique soit au rendez-vous. Pour suivre l’évolution des conditions et des enjeux autour de la compétition, consultez régulièrement notre sélection de bookmakers partenaires.
À noter que la question de la chaleur extrême et de ses conséquences sur les matchs est également abordée dans notre actualité sur Manu Koné avant le Mondial américain.

